Rencontres spirituelles & lgbt, à l'avant-garde d'un dialogue pour la paix,
au-delà du dogmatisme et de toutes formes d'homonationalismes.
PROLOGUE - Pourquoi un tel voyage ?
Du Cœur de
l’Europe, à celui du désert jordanien
La route du
Roi, en route vers Amman
Gays et
lesbiennes de Jordanie
Entre
antisémitisme et sionisme, le dialogue est-il possible ?
al-Quds, Terre trois fois sainte
Gay de
Palestine, au sein de la ville du Christ
Droits humains
LGBT et homonationalismes
Les gays et
lesbiennes de Rammallah
Arabes
d’Israël ou palestiniens de citoyenneté
israélienne ?
Palestine
libre, pour de meilleurs droits humains LGBT
EPILOGUE
-
PROLOGUE - Pourquoi un tel voyage ?
Du 6 au 13
novembre 2011, les associations BEIT HAVERIM (Groupe Juif Gay et
Lesbien de
France), DAVID & JONATHAN (Mouvement Homosexuel
Chrétien) et HM2F
(Collectif citoyen des Homosexuel-les Musulman-es de France)*,
organisent un
voyage en Israël et Palestine.
Les contacts des trois
associations
sont les suivants :
-
Frank, porte-parole du Beit Haverim
/ 06 20 98 67 88 / porteparole@beit-haverim.com
-
Elisabeth MASSET, présidente et
Patrick SANGUINETTI, président et porte-parole de David
& Jonathan / 06 73 60 98 04 / communication@davidetjonathan.com
-
Ludovic Lotfi Mohamed ZAHED,
fondateur et porte-parole / 06 59 91 90 12 /
REVUE DE PRESSE
Vous pouvez retrouver l’article consacré à notre invitation à la conférence de presse du 14 octobre à l’Hôtel de Ville de Paris
Les principaux blogs et portails : France QRD, e-llico (ici et là), Fugues (portail LGBT n°1 au Québec), Care2 (portail LGBT américain), SaphirNews (l’un des principaux portails musulmans d’actualités), Europe-Magreb (portail d’actualités), World Congress of GLBT Jews, Cool Israël (portail israélien francophone), la Chambre de commerce France Israël (ici, là et encore là), Juif. org (portail francophone d’informations du monde juif et d’Israël), Harissa .com ("web juif tunisien"), les Actualités unitariennes, ...
LE DOCUMENTAIRE DU VOYAGE LGBT ET SPIRITUALITES "SE RENCONTRER", EST DISPONIBLE SUR DEMANDE:
Le livre regroupant les photos du voyage :
Nous avons entrepris
ce voyage de
manière totalement indépendante, loin de toute
forme
d'idéologie politicienne. Loin d'avoir la solution au
problème du conflit territorial dans la région,
nous
pensons que nous - qui sommes doublement discriminé-es, voir
plus - sommes en mesure d'apprendre et de comprendre d'avantage au
contact de ces populations à qui nous voulons simplement
donner
la parole. Nous ne pensons pas que le simple fait de parler de paix
permettra au conflit d'être résolu ; nous avons la
conviction profonde cependant qu'il nous faut garder l'espoir.
Nous
sommes heureux aujourd’hui
d’être en mesure de vous faire un
compte-rendu détaillé d’une
démarche LGBT pour la paix, et pour la libération
de
toutes formes d’extrémismes ou
d’homonationalismes, à laquelle nous avons
dédié
près de deux ans de préparation ;
plutôt que de faire de beaux discours,
confortablement assis dans nos chaises en Europe, nous avons voulu voir
sur le
terrain la réalité des faits, afin de
déconstruire les préjugés, aussi bien
du
coté israélien que du coté
palestinien. La délégation de HM2F comptait trois
membres du collectif citoyen...
Du Cœur de l’Europe, à celui du désert jordanien
Toutes les photos de Budapest, ici.
Nous
arrivons à la
gare routière de Tel Aviv et prenons le bus de 6h du matin
pour
Eilat, en
traversant le désert du Néguev, avant de passer
la
frontière et d'arriver dans
le sud de la Jordanie, à Aqaba au bord de la mer rouge.
Là, nous profitons
d’une journée entière à
récupérer dans un hôtel en bord de mer,
au soleil.
Ludovic
dormira avant le coucher du soleil, sans manger ni faire ses deux
dernières
prières de la journée ; il se
réveillera pour
la prière de l'aube, après
avoir récupéré de près de
48h de voyage
sans dormir ou presque.
Le deuxième jour de notre voyage, dans le bus pour Wadi Rum - un minuscule bourg aux portes du grand désert de Sawwan à l’est - nous rencontrons une femme d’origine nord américaine et âgée de plus de quatre vingt cinq ans, Erga Rehns qui vit en Jordanie depuis 14 ans - dont 7 ans passés dans le désert où elle dit avoir vécue une « expérience mystique » formidable. Erga nous parle du monde qui « tourne mal », du système politique jordanien qui est resté fondamentalement « tribal », de la hiérarchisation de la société » au profit d’une élite politique - parfois associée aux religieux -, qui a remplacé le système colonial. Erga nous parle des femmes jordaniennes, qu’elle côtoie désormais au quotidien, qui ont pris l’habitude de courber l’échine et de ne pas se révolter contre l’ordre établi ; de la télévision qui déverse chez ces gens, peu éduqué-es, des images biaisées du « monde du dehors », nous dit-elle.
Un guide touristique jordanien, d'origine palestinienne (Toutes les vidéos de Jordanie, ici).
Toutes les photos de Aqaba, ici.
Erga semble bien
connaitre la région ; elle est née en
Palestine, avant les guerres qui ont
secouées le monde arabe depuis lors. Lorsqu’elle
est partie chercher son acte
de naissance, les autorités israéliennes lui ont
dit que « rien n'existe
avant 1948 » ; alors, nous dit-elle,
« je n'existe pas », avant
de partir d'un grand rire sonore. Nous discutons des heures
entières avec cette
femme qui nous semble être véritablement une force
de la nature. Elle nous
parle justement de cet ouvrage intitulé « The female eunuch »
de Germaine Greer,
afin d’illustrer le fait
que l’on a donné tant d’importance
à la femme
du fait de la procréation ;
mais le problème étant qu'elle n'aurait, selon
Erga, plus
alors d'importance
que du fait d'une sexualité qui devrait être
entièrement dédiée à la
perpétuation
de l'espèce. Nous quittons Erga et Wadi Rum afin de passer
vingt-quatre heures
dans le désert.
Cette nuit
là, nous
la passerons dans un camp du désert appartenant à
la famille de Mohamed
DayfaAllah dont les ancêtres, nous dit-il
fièrement, sont des bédouins
originaires du sud de la péninsule arabique - avant la
création postcoloniale
de l'actuelle Arabie saoudite. Il nous parle de la
société jordanienne, des
origines ashimites - descendant du
Prophète
, ayant
émigré depuis l’actuelle Arabie
Saoudite - du roi, descendant direct du Prophète
Mahomet
, et de ce qu'il
considère comme
« l'égalité
homme/femme, au vue de l'islam et de la tradition
arabe » - ce qui pour
lui n'est pas la même chose.
Après une
excursion
dans le superbe désert jordanien autour du mont Rum - le
second plus haut mont
de Jordanie -, nous
retournons au
village de Wadi Rum où nous passons la nuit dans la famille
de Mohamed, qui
nous laisse le grand salon des invités. Le lendemain nous
prenons le bus de 8h
du matin pour Wadi Mussa et Petra, qui fête ses deux cent ans
de redécouverte.
Toutes
les photos de Petra, ici.
Le long des
allées
de cette ville antique, disposées en bas de profondes
crevasses, nous passerons
une journée extraordinaire ; nous arriverons par le bus de
12h a l'hôtel Valentine,
sur les hauteurs de Wadi Moussa - la ville nouvelle construite
à la fin du
vingtième siècle par les autorités
jordaniennes afin de loger décemment ceux
qui habitaient, de générations en
générations, la ville de Pétra. Cette
après-midi
là se déroulera comme dans un rêve :
les couleurs incroyables des granites qui
forment ces hautes montagnes, la porte des Nabatéens
sculptée à même la roche,
ces centaines de tombeaux et d'habitations troglodytes ! Dieu que la
vie de ce
peuple devait être belle ! Certains
exégètes pensent que le Coran parle de ces
peuples en ces termes : « Quand
Salih, leur frère, leur dit : "Ne craindrez-vous pas
[Allah]? " Je
suis pour vous un messager digne de confiance. Craignez Allah donc et
obéissez-moi. Je ne vous demande pas de salaire pour cela,
mon salaire
n'incombe qu'au Seigneur de l'univers. Vous laissera-t-on en
sécurité dans
votre présente condition? Au milieu de jardins, de sources,
de cultures et de
palmiers aux fruits digestes? Creusez-vous habilement des maisons dans
les
montagnes? Craignez Allah donc et obéissez-moi.
N'obéissez pas à l'ordre des
outranciers, qui sèment le désordre sur la terre
et n'améliorent rien »
(Coran : 26.142-152). Nous finirons notre visite peu
après le coucher du
soleil, avant de retourner vers l'hôtel pour une douche bien
chaude, après
trois jours de désert et de poussière. Nous
profiterons d'un bon dîner à l'hôtel
avant d'aller boire un café en ville (retour haut de page).
La route du Roi, en route vers Amman
Le lendemain matin,
nous nous levons peu après l'heure de la prière
de l'aube ; après la prière nous
petit-déjeunons, entre deux fous rires, comme à
notre habitude. A 7 h du matin
nous prenons la « route du roi »
en direction d'Amaan, en compagnie
d'un couple d'anglais et de leur jeune fille de douze ans. Sur la
route, nous
visitons la forteresse imprenable de Shoubak, nous profitons du champ
d'oiseaux
endémiques en passant à travers la
réserve naturelle ornithologique de Dana, nous
dépassons bientôt Tafila ;
c’est là que l'un des émissaires du
Prophéte
Mahomet
, Al-Harith Ibn Humayr al-Azadi,
fut décapité avant qu’il a pu accomplir
sa mission. Un « incident »
diplomatique qui fut, selon les habitants de la région, la
raison principale de
la guerre entre les armées islamiques et
chrétiennes. Les guerres entre
l’empire romain et l’empire arabe naissant, furent
citées dans le Coran :
« Les Romains ont été vaincus
dans le pays voisin (de la Péninsule arabe),
et après leur défaite ils seront les vainqueurs,
dans quelques années » (Coran :
30.2-4).
Toutes les photos de
la route du Roi - Shoubak, Dana, Tafilah, Kerak, Madaba -, ici.
Nous passons
à Kerak,
devant la mosquée où est enterré Ja'far bin Abi-talib, cousin du
Prophète
,
qui fut tué lors de cette bataille après qu'on
lui a tranché les deux bras -
selon la tradition orale - alors qu'il portait le drapeau de l'islam
sur le
champ de bataille. Après cela, nous visitons la fameuse
citadelle depuis
laquelle le français Renaud de Chatillon a tenu
tête aux armées islamiques de
Salah al-Din - Saladin -, peu avant la reconquête par les
musulmans de
Jérusalem ; une conquête durant laquelle aucun
enfant, aucune femme, aucun
homme ne fut massacrées après la chute des murailles de la ville.
Après cela, nous prenons une heure pour nous baigner dans la
mer morte, avant
de visiter le Mont Nébo près de Madaba,
où il est dit que Moise reçu la terre
d'Israël en héritage pour son peuple ; depuis le
mont Nébo l'on voit le
Jourdan, la mer morte, ainsi que la frontière
israélienne au loin. Nous
finissons ensuite notre journée par la visite de
l'église orthodoxe de
Madaba ; cette ville où Moise, selon la tradition,
fendit la roche pour
offrir de l'eau aux tribus d'Israël : « Moïse
demanda à Dieu de l'eau dans le désert pour
désaltérer son peuple.
Nous lui dîmes. Frappe le rocher de ton bâton. Tout
d'un
coup les eaux
jaillirent et tous se
désaltérèrent »
(Coran : 2.57). Nous assistons
à la messe célébrée
à la
mémoire d'une défunte de la communauté
chrétienne
orthodoxe locale.
A notre
arrivée à
Amaan, nous sommes émerveillés par la
beauté de cette ville moderne, aux
constructions en pierre de taille de granite, typique de la
région. Nous sommes
heureux de pouvoir parler arabe, sans être
regardés de travers ; bien au
contraire, ici les origines arabes vous offre l'accès a une
réduction de
cinquante pour cent sur la plupart des prestations. Il est
bientôt 18h. Nous
sommes affamés ; nous n'avons pas
déjeuné et nous avons passé notre
journée sur
nos maigres réserves de nourriture - biscuits, fruits,
fromage. Nous dinons au
restaurant « al-Quds » -
Jérusalem -, le meilleur de toute la ville
nous dit-on. Le lendemain matin à 8h30, nous prenons la
route du nord vers la cité
romaine antique de Jerash, superbement conservée, avant de
nous rendre à
l'ambassade de Syrie pour obtenir des visas pour Damas.
Malheureusement, nos
visas israéliens nous refusent l'accès
à Damas et à sa mythique mosquée des Omeyyades ;
pourtant, aux vues des récents massacres en Syrie,
il en vaut sans doute mieux
ainsi.
Nous prenons donc un taxi et passons notre soirée de
café en café, à la
recherche de cette vie LGBT nocturne dont les guides touristiques nous
parlent.
Nous apprécions particulièrement le
« books café »,
situé sur la
« rainbow street » ; nous
confirmons le fait qu'il s'agit là de lieu
de rencontre chics, souvent excentrés par rapport au centre
d'Amaan, réservés à
une élite jordanienne
favorisée, occidentalisée ;
alors que les autorités jordaniennes répriment
toutes velléités d'émancipations
des minorités LGBT, notamment en interdisant toute
création d’association
dédiée à l’avancée
des droits humains LGBT.
Toutes
les photos de Jerash, ici.
Le mardi 1er
novembre, nous apprenons par un sms - nous sommes coupé de
l'actualité du monde
- que la Palestine vient d'être reconnue par l'UNESCO ; la France a pris ses
responsabilités
! Nous en sommes fiers et heureux ; qui plus est, la reconnaissance
d'un état
palestinien par la communauté internationale permettra
inéluctablement, a long
terme, l'émancipation des individus appartenant de fait
à une minorité sexuelle
LGBT. Car en effet, comment dialoguer sur ces questions de droits de
l'être
humain, avec un peuple qui ne dispose même pas d'un
état, qui ne peut par
moment, selon les aléas de la guerre incessante depuis 50
ans, subvenir à ses
besoins élémentaires !? C’est en tout
cas ce que nous confierons les gays et
lesbiennes de Jordanie - où la grande majorité de
la population est originaire
de Palestine - que nous rencontrerons bientôt (retour haut de page).
Gays et lesbiennes de Jordanie
Nous sommes le
mercredi 2 novembre 2011. Au matin, après un
petit-déjeuner frugal, nous
changeons d'hôtel afin de nous rapprocher du centre ville,
maintenant que nous
ressentons le besoins de prendre au moins une journée de
« repos » à
visiter la ville sans en sortir. Nous commençons notre
visite par la mosquée du
roi Abdallah II, située juste en face de l'église
saint Patrick. Etant
musulman, nous ne réglons pas les droits d'entrée
; nous ressentons la une paix
intérieure très agréable
après ces huit jours de déplacements incessants.
Au
souk de la mosquée ; Sarah veut acheter une sabha - chapelet -, qui lui est
finalement offerte par le patron de
la boutique. Peu avant midi, nous visitons la Citadelle sur les
hauteurs
d'Amaan, d'ou l'on a une vue imprenable sur toute la ville. Nous
déjeunons
rapidement et profitons d'une longue sieste : le sud jordanien et sont
désert
nous aurons épuisés ! Nous prenons ensuite
quelques heures pour méditer à la
mosquée - nous sommes contraints de prier
séparément Sarah et moi-même, alors
qu'aux premiers temps de l'islam femmes et hommes priaient ensemble
(hadith en
note bas de page). Nous réservons notre taxi pour rejoindre
la frontière
jordano-israélienne.
Toutes
les photos d'Amaan, ici.
Ce
soir-là, nous retournons au « books
café », où nous sommes
invitées par un couple
d’ami-es gays et lesbiennes ; certaines portent
le hidjab - le foulard islamique
-,
d'autres sont habillées à la mode occidentales. N. et S. (36 et 18
ans), sont lesbiennes et en couple, même si elles ne
vivent pas ensemble : « Je suis entrée
dans le coffee shop, j'étais très
déprimée ; elle m’a
regardé et je me suis dit que c'est elle que je voulais,
et toute ma vie a change », nous dit N., la plus
âgée des deux. A. (23ans)
nous dit qu'il croit en la rencontre par hasard, il se
cherche : « j'étais
homophobe » ; il nous dit ne pas aimer
se rendre sur certains sites sur internet qui sont trop
« coquins »
pour lui. Lorsque l'on parle des lois homophobes en Jordanie, ils nous
confirment
qu’il n’y en a pas - même si les
agressions physiques ou verbales existent au
quotidien - ; qu'il s'agit selon eux/elles d'un
« endroit agréable a
vivre » pour les gays et lesbiennes. Mais lorsque
l’on creuse la question,
ils nous disent que « bien entendu, s'ils
t’attrapent dans la rue dans
certaines actions »… Mais ces lois ne
sont pas exclusivement homophobes,
puisque la « sodomie » est
interdite même pour les hétéros. A.
(qui
s'est dit bisexuel a ses amis deux ans après les avoir
rencontrés) et S. nous
disent avoir parlé du sujet de la religion et de
l'homosexualité il y a
quelques jours de cela : l'homosexualité est-elle interdite
par l'islam ?
L'amour entre deux individus de même sexe est-il moins
valeureux que celui
entre deux individus de sexes différents ? Pourquoi les pays
arabes ont-ils la
réputation d'être fondamentalement homophobes ? Se
marier et faire des enfants
simplement pour faire plaisir à la famille, en rendant
malheureux les enfants
et le/la conjoint-e a qui l'ont a menti, est-ce là ce que
préconise l’islam ?
L'homosexualité est-elle génétique ?
Est-elle due à l'absence de l'un des
parents ? Etc. Ils
ont beaucoup de
questions que nous nous posons aussi en Europe, et ils en sont
étonnés parce
qu'ils pensent que tout est si parfait pour les gays et lesbiennes en
France. Sarah
Leur raconte qu'elle a connue un homme pendant 7 ans, avant d'accepter
finalement son homosexualité. Pourtant, elle trouve
très difficile de construire
une relation durable dans le
« milieu » LGBT à
Paris.
Concernant les
droits LGBT en Israël, ils
pensent que c'est une bonne chose et certains aimeraient vivre dans un
pays
comme ça. Et lorsque nous leur disions que message de nos
associations est de
porter un message de paix et de dialogue, à l'avant garde
car fondamentalement
pour la paix et au delà de toutes formes de discriminations,
ils nous disent
que c'est une excellente initiative et nous encouragent. A. nous fait
signe du
pouce qu'il trouve ça génial, avec une expression
faciale d'admiration. Ils
insistent cependant fortement pour que nous ne citions pas leurs noms.
Seul N.
qui a 36 ans nous dit que sa famille, sait... Sans qu'ils en aient
parlé
ouvertement pour autant. « Bien
sur », nous dit-elle, elle veut des
enfants. Nous parlons alors du mariage avec Qiyyam, en Afrique du
sud ; et
ils nous disent qu'ils sont très optimistes car les peuples
arabes sont comme
tous les peuples du monde qui aspire à vivre en paix.
Pourtant, A. nous parle
d'un ami qu'il a connu qui fut envoyé en hôpital
psychiatrique lorsque sa mère,
très religieuse, a appris qu'il était gay ; il
abandonna ses études, sa vie
s'arrêta ; il avait 21 ans et elle l'a vue embrasser
son petit ami. Mais
en tout cas il est catégorique : avec la police ?
« Aucun
problème ». H., qui porte le hidjab, a
perdu sa copine qui est décédée...
Paix a son âme :
« Très certainement, Nous vous
éprouverons par un
peu de peur, de faim et de diminution de biens, de personnes et de
fruits. Et
fais la bonne annonce aux endurants" "qui disent, quand un malheur
les atteint: Certes Nous sommes à Allah, et c'est
à Lui que nous
retournerons » (Coran : 2.155-156).
Concernant la fréquentation du
milieu LGBT, ils sont catégoriques : ils
n’assistent pas aux réunions de la
« communauté », dont
ils connaissent pas mal d'entre eux, car ils
voudraient séparer les couples, draguer, vouloir des
rapports sexuelles d’un
soir ; ce sont là des propos qui peuvent
être tenu par certain-es gays ou
lesbiennes à Paris, qui préfèrent les
soirées entre ami-es aux soirées en boite
de nuit. C’est un choix comme un autre. Eux se sont
rencontrés à l'université,
et N. fut la première à leur en parler
dès la première rencontre :
« si
vous ne m’acceptez pas, ne me parlez
pas ». Ils nous parlent également
d'un groupe d'échange constitué par un
psychologue gay, à l'attention d'une
« élite instruite » et
LGBT... Encore une fois, l’élitisme
réapparait
dans notre conversation. Il ne fréquente pas non plus ces
cercles là.
Nous leur posons une
dernière question avant de les quitter :
« Qu'est ce l'islam pour
vous ? ». « C'est toute ma
vie », nous livre H (30 ans,
ingénieur) ; elle prie et jeûne, mais
nous dit avoir un amour platonique
pour les femmes, car « ce n'est pas aisé
de s'accepter lorsque tu es comme
ca ». Elle finit par se confier plus avant en disant
pour la première fois
devant ses ami-es réuni-es : « I
love women » (j’aime les
femmes). C'est la première fois qu'elle le dit à
haute voix, alors qu'elle
s'était présentée à nous -
et à ses ami-es jusque là - comme
« straight »
(hétéro). Ses ami-es applaudisse cette confidence
qu’ils
attendaient depuis plusieurs années. Elle ne veut pas se
marier ça c'est sur. Pourtant,
elle ne sait toujours pas trop quoi penser de ses ami-es qui se
définissent
comme gay ou bi : « peut-être
ont-ils raison, peut-être ont-ils
tort ». Elle semble vraiment intriguée
par le fait que mon mari et
moi-même nous fassions confiance bien que nous soyons
séparés ; N., par contre,
nous dit ceci : « je suis juste
née musulmane » ; elle
aurait pu recevoir des traditions familiales juives ou
chrétiennes et cela
n'aurait rien changé ; Pour S. :
« l'islam ne nous a pas donné le
droit d'être ainsi » ; A. :
« Je crois en certains
éléments de
l'islam, je ne crois pas en certains autres points dont je pense qu'il
s'agit
d'arrogance » ; il pense que les musulmans
devrait apprendre d'autres
religions. Il jeûne durant le mois de Ramadhan, mais peut
aussi aller à
l'église pour « se sentir en
paix ». Il prie parfois, mais relativise
le fait que certains croyants prient et jeûnent mais sont de
mauvaises
personnes. S'en suit une conversation très
intéressante entre nos amis qui
discutent de l'héritage commun entre toutes les religions et
sur l'importance,
ou pas, de la pratique et du dogme particulier. Jusque tard dans la
nuit, nous
discutions donc entre français d'origine nord
africaine, Syrienne (S.), Jordanien de souche (A.), Palestinienne (H.),
Iraquienne (N.). Puis nous finissons par quitter nos ami-es
d’un soir et par
nous en retourner à notre hôtel (retour haut de page).
Entre antisémitisme et sionisme, le dialogue est-il possible ?
Le lendemain matin,
nous traversons la frontière par le pont du roi Hussein.
Dans le bus qui nous
transporte du check point jordanien au check point cisjordanien, nous
rencontrons Raja Elle est d’origine palestinienne ;
elle n'a pas vue sa
famille depuis 15 ans - après avoir vécue au
Koweït et être finalement venue en
Jordanie. Elle nous dit avoir obtenue son visa, après de
nombreuses tentatives
et un bakchich
conséquent. Elle nous
parle de ses pèlerinages en Terres saintes : à la
Mecque - alors que c'était un
vendredi, 27ème jour du mois de Ramadhan, la nuit du destin,
avec plus de 10
millions de pèlerins réuni-es alors ;
puis à Médine, et enfin bientôt
à
Jérusalem en cette période exceptionnelle. Nous
sommes en effet dans les plus
bénis des jours de l'année, selon le calendrier
musulman : ce sont les dix
jours du Hadj, qui se clôtureront par l'aïd
al-adha.
Ludovic lui parle de
ses pèlerinages du Hadj, et du fait que pour lui ce voyage
est une façon de
clore son cycle de pèlerinage en Terres Saintes d'islam.
Elle nous dit combien
il est triste d'être séparée de sa
famille qui habite de l'autre cote de la
frontière, à quelques kilomètres de
son domicile actuel. Son village d'origine,
Beit Safafa, à 6
km de Jérusalem, a été
coupé en deux par la guerre de 1948 ; une partie
de sa famille vie en Israël avec des passeport arabe, et
l'autre partie a un
passeport jordanien et doit donc demander un visa afin de voyager entre
les
deux cotés du mûr. Nous passons le Jourdain - al-Urdoun - en minibus ; nous
sommes désormais en dessous du
niveau de la mer. C’est le niveau de la mer morte. Les bus de
voyageurs
résidents arabes - bondés en cette
période de fête - sont fouillés de fond
en
comble ; notre minibus de touristes passe en priorité. De
l'autre coté de la
frontière, nous sommes accueilli-es par les tous jeunes
soldats de l'armée
israélienne, et par des porteurs de bagages qui sont tous,
sans exceptions,
arabes
Alors que du coté jordanien il n'y avait que des hommes, ici la garde au frontière est mixte. C'est Ludovic questionné cette fois-ci ; les douanières qui m’interrogent pendant 15 minutes sur les raisons de ma venue en Israël, pouffent de rire et me félicitent lorsqu’elles apprennent que je suis marié à mon partenaire sud africain. A 11h50, après une bonne demi-douzaine de contrôle divers et d'interrogatoires en tout genre, nous sommes en terre palestinienne ! Le minibus depuis la frontière nous dépose à Jérusalem est peu avant la prière de l'après-midi. A 12h27, nous sommes en vue du dôme du rocher ! Nous passons par la porte de Damas et nous pénétrons dans la vieille ville ; nous logeons à quelques dizaines de mètres de l’esplanade des mosquées, au pied du mont du Temple, à l’hôtel Golden Gate. En nous promenant dans la ville, nous sommes immédiatement stupéfaits de tant de styles architecturaux agences de manière si harmonieuse ! Nous avons un petit pincement au cœur d'avoir quitté ce si beau pays qu'est la Jordanie, même si nous sommes très heureux d'être enfin à Jérusalem. Une terre trois fois sainte, chantée dans la superbe chanson de Fairouz la libanaise... (retour haut de page).
Al-Quds, Terre trois fois sainte
Sarah prend un peu
de repos a l'hôtel que nous
avons eu du mal à trouver - certains tenanciers
d'hôtel refusaient de nous
louer une chambre car nous ne sommes pas mariées... Si
seulement ils savaient !
Il est 15h45, à la porte de l'esplanade des
mosquées, la sécurité
israélienne
demande à Ludovic de réciter la
première des sourates du Coran ; si seulement
eux aussi savaient l’interprétation
fondamentaliste que certains font de ces
versets… Puis, les palestiniens lui demandent de
réciter le Coran. Ils lui
posent ensuite quelques questions que seul un musulman pratiquant peu
connaître. Une fois sur l’esplanade, il est saisi
par la beauté incroyable et
l'énergie positive qui le submerge en ces lieux. Il invoque
le nom du Seigneur
l’Eternel.
Il se concentre sur
le recueillement et la lecture du Coran, sous le rocher, là
où aurait eu lieu
la ligature du fils d’Abraham.
Ici les femmes et les hommes prient ensemble, comme a
l'époque du Prophète
, aux premiers temps
de l'islam à la Mecque ;
une époque où les femmes pouvaient être
savantes et imams, avant l’instauration
d’un dogme fondamentaliste par une élite
politico-religieuse. C’est ce retour
aux sources de l’islam que préconisent des femmes imams telle qu’Amina Wadud.
Le Destin fait que j'en suis, au niveau de mes mouraja'at
- révision du Coran - à la sourate de la fourmi,
où Dieu
nous compte l'histoire de David et de son fils Salomon, qui fut selon
la
tradition le bâtisseur du premier des temples
d’Israël : « Nous avons fait
don d'une part de Notre science à David et à
Salomon, et ils dirent : « Louange
à Dieu qui nous a favorisés par rapport
à beaucoup de Ses fidèles serviteurs !
»
Et quand Salomon hérita de David, il dit : «
Ô hommes ! Nous avons été
initiés
au langage des oiseaux, sans compter tous les autres bienfaits dont
nous avons
été gratifiés. C'est là, en
vérité, une insigne faveur ! »
(Coran :
27.15-16).
Le lendemain matin, vendredi 4 novembre, nous petit-déjeunons avec, nous dit-on, l’un des descendants de l’émir Abdelkader. Après le petit-déjeuner, nous partons vers 10h30 à la mosquée du dôme, afin d'être assurés d'avoir une place à l'intérieur, en ces temps de fête religieuse. D'autant plus que le temps est humide et qu'il a plu toute la nuit ; nous avons même eut une coupure d'électricité hier soir. Nous nous sommes endormis à la lumière tamisée de la bougie. La mosquée du dôme d'or est entièrement réservée aux femmes ; Ludovic prie dans la grande mosquée d'al-Aqsa, qui se trouve en contrebas sur l'esplanade. Durant al-Khutbah - le sermon de la prière du vendredi - l'imam consacre la première partie de son sermon à rappeler les bienfaits du jeûne de la journée de ‘Arafat - demain, 9ème jour du mois lunaire de dhul-hidja, le mois du hadj -, qui efface les péchés, dit-il, de l'année précédente et de l'année à venir. Puis, la seconde partie de son sermon est consacrée à maudire la Grande-Bretagne qui a accordé, dit-il, au « peuple juif » la possibilité de créer un état, ici sur les terres palestiniennes. Il se félicite néanmoins de la reconnaissance de l'état de Palestine par l'UNESCO ; le peuple palestinien voyant ainsi son héritage culturel, dit-il, reconnu par tous les peuples de la Terre. Ces propos antisionistes, qui choqueraient en France, dénotent pourtant d’une liberté d’expression réelle en Israël. Pourtant, juste après le sermon, puis la prière, deux musulmans se lèvent et hurlent à l'imam - ya mufti - qu'il doit faire attention à ce qu'il dit ; que la libération du peuple palestinien ne viendra pas par le biais des instances internationales, mais par le biais de la lutte armée. La paix n'est sans doute pas pour demain, pourtant en Israël, comme en Palestine, des hommes et des femmes œuvrent à cette Paix à venir.
Cette
après-midi là,
nous prenons le bus de 14h30 depuis la porte de Damas pour le centre
ville de
Bethlehem. Nous avons rendez-vous avec B. Dans le bus, un homme de
prés de 80
ans n'est pas d'accord avec un autre d'une quarantaine
d'année, qui prétend que
beit lehem n'est pas un nom
hébreu - helem
signifierait « pain »,
littéralement la maison du pain - ; mais ce serait
un nom phénicien très
ancien - la Phénicie, l'actuelle Palestine. Voilà
comment ma question sur
l'origine de ce nom, ma curiosité ayant
été stimulée par la prononciation si
particulière de ce nom si beau, me montre qu'Ici, tout peut
devenir rapidement
une question de géopolitique ; pourtant, cela ne nous
empêchera pas de
continuer à poser des questions et à tenter de
saisir la dynamique
interconfessionnelles en Terre sainte, en particulier en ce qui
concerne les
individus appartenant de fait à une minorité
sexuelle (retour
haut de page).
Gay de Palestine, au sein de la ville du Christ
B. nous accueille
comme convenu à la descente du bus. Il nous fait visiter
l'église de la
nativité, au cœur de la veille ville. Pui, nous
prenons un café à l'auberge du
coin. B. nous dit être un artiste, chanteur et danseur. Il a
voyagé un peu
partout en Europe mais pas encore en France ; il a 23 ans.
« Tout ici est
politique… La
politique prend tellement
de notre temps qu'on en oubli nos propres
problèmes ». Durant la visite,
il nous avait raconté qu'en 2004 des militants palestiniens
se sont cachés 39
jours dans l'église, et que 39 jours durant l'armée
israélienne a entouré
l'église de la nativité ; ils
quittèrent les lieux après avoir tué 8
palestiniens, et blessé le sonneur de cloche de
l'église : un moine
arménien.
Nous lui disons combien il est difficile de trouver le juste
équilibre, pour
nous musulmans de France, entre rester concentrés sur notre
principal objet :
parler et dialoguer en apprenant des gays palestiniens, sans sombrer
dans les
méandres de la politique. Il nous confie qu’ils
sont confrontés eux aussi au
même type de problématique, mais de
manière inverse : « si
maintenant
nous parlions des gays, qui nous entendrait !? Il y a un tellement de
plus
grands problèmes ; ceux liés
à l'occupation de la Palestine par
l’état
israélien. J'aimerais que nous ayons notre propre
état afin que nous puissions
nous occuper de cette problématique
là » ; à savoir la
problématique
de l’homophobie culturelle et celle de certains religieux.
Nous visitons
ensemble l’église de la nativité, avant
de nous asseoir au chaud dans un café
pour discuter au calme.
Toutes les photos de
Bethelem, ici.
S. nous confie que
son
père lui a demandé s'il était gay, il
n'a pas menti. « Tu es connu dans la
communauté », Bethlehem est une petite
ville et la communauté chrétienne
est très pieuse et encore plus petite. Et sa mère
d’ajouter :
« Certains hommes sont nés et aiment les
hommes. Nous pensons que tu es
dans ce cas là. Nous espérons que ce n'est pas le
cas, mais nous voulons que tu
sois honnête avec nous ». Ils savent qu'il
ne se mariera pas, même si au
début ils gardèrent un temps espoir. Ils
connaissent son petit ami qu'ils
adorent, « ils l'aiment plus que
moi ». Il a 30 ans et a les mêmes
problèmes avec sa famille. B. a 5 sœurs, mais
aucunes ne sait pour lui ; disons
qu'elles savent sans en parler. Elles ne l'acceptent pas, nous dit-il.
Par
exemple, lorsqu’elle voit un film ou l'on parle
d'homosexualité, l’une d’elle
lui dit : « a quoi bon
!? ». Mais sa plus jeune sœur est
plus « intellectuelle » et, a 20
ans, elle est bien plus ouverte et
lui en parle souvent par le biais d’ouvrages ou de film
qu’elle lui recommande
et qui traitent du sujet de l’homosexualité. Il
est difficile pour B.
d’expliquer à sa famille ce qu’il vit.
Son père : « puisque tu es gay,
lorsque tu as des relations sexuelles passif ou actif... C'est
mal... ».
« Moi aussi si je t imagine avec maman au lit, je
n’aimerais pas ca... Arrête
simplement d'y penser », lui dit-il alors. Il
aimerait que ses parents
l’acceptent, même s'il n'y a pas de danger
à proprement parler. Même s'ils
continuent de lui parler du
« crime » de Sodome et Gomorrhe,
B. nous
dit que sa foi en Dieu est au-delà de l’homophobie
culturelle ambiante :
« C’est Jésus que
j’aime, pas l'ancien testament ». Selon
lui, le nouveau
testament est simplement à propos d'amour et de pardon. B.
se dit plus
spirituel que religieux pratiquant:
« j’aime Jésus ; la
chrétienté en
soi c’est d’aimer
Jésus », ce n'est pas tant le
problème des textes.
Beaucoup de religieux qui vont au temple tous les jours, selon lui, ne
sont pas
capables de tant d'amour pour leur prochain ; « ils
se battent pour un
bout de terre ! ». Jésus nous a dit
« aimez vous les uns les
autres », il n'a pas spécifié
l'amour hétéro » ; sans
compter qu'il
aimait beaucoup Jean, qui était son plus proche
apôtre ; le seul qui fut
présent avec Marie sous la croix après la
crucifixion.
B. nous dit qu’avec son petit ami c'est très difficile ; parfois ils restent deux mois sans s'embrasser - car tous deux vivent chez leurs parents - ; c'est très dur ! Son meilleur ami et lui sont restés des années a l'université ensemble avant d'oser se le dire... Encore une fois, il est très difficile d'être gay en Palestine, même si c'est possible : « je ne quitterais pas ma terre, j'aime ma communauté ! ». Son petit ami travaille dans le « tourisme alternatif » ; il montre aux touristes les conséquences de l’occupation israélienne sur la vie des palestiniens. Il n'y a pas de loi pour le moment en Palestine contre l'homosexualité ; pourtant plusieurs politiciens de l'AP (autorité palestinienne), nous dit-il, soient nient le problème « nous n'avons pas ce "problème" chez nous, nous en avons seulement 350 », auraient dit certains responsables palestiniens ; alors que c’est là le chiffre estimé de palestinien-nes, gays ou lesbiennes, qui émigreraient chaque année en Israël afin de s’y réfugier, selon certaines associations locales - telle que la Agudah, dont nous rencontrerons plus tard les responsables et qui est citée dans l’enquête de Tallie Ben Daniel sur l’homonationalisme de certains politiciens israéliens. B. et son ami ne veulent pas quitter leur pays, même parfois ils y songent. Ils veulent que les choses changent chez eux, doucement mais surement. Enfin, il me précise qu'il préfère les fêtes gays à Ramallah, plutôt que celles organisées en Israël ; nous respectons sont point de vue. Enfin, B. là nous parle de la communauté chrétienne de Bethlehem, assez éduquées et aisées, ou des musulmans riches de Ramallah qui ont les moyens. Mais qu'en est-il des villages et des petites villes éloignées des grands centres de populations ? « Nous ne savons rien d'eux ! Je pense que 75 pour cent des hommes sont bisexuels » ; ils se marient pour leur famille a 24 ou 25 ans et ne questionnent même pas leur famille sur leur choix ». Nous finissons par quitter B., après avoir passé plusieurs heures en sa compagnie. Nous l'embrassons d'une accolade sur la place centrale de Bethlehem, avant de rejoindre Jérusalem qui se trouve en territoire israélien, de l'autre cote du mûr ; de l'autre coté de la vallée sur la colline, se trouve l'une des nombreuses colonies israéliennes en territoire palestinien, qui grignote depuis plusieurs décennie cette terre comme une peau de chagrin (retour haut de page).
Droits humains LGBT et homonationalismesNous sommes le
samedi 5 novembre. Nous partons à Ramallah où
nous rencontrons à 14h30 N. Il est
avocat ; il a conseillé, entre autre, un gay
palestinien qui s’est réfugié
quelques jours chez l’un des membres de HM2F, à
Paris, après qu’il est fui son
pays. N. nous dit qu'ici, même au sein de la
communauté chrétienne, la culture
est tout aussi oppressante pour les individus appartenant de fait
à une
minorité sexuelle LGBT. Il faisait partie d'une association,
mais la plupart de
ses ami-es ont eut tant de problèmes qu'ils ont du s'exiler
en Grande-Bretagne,
aux Etats-Unis, etc. Mais lui il aime vivre ici ; alors il garde
désormais un
profil discret, ne fréquente personne, ne sors pas en
soirées. L'un de ses
amis, aujourd’hui refugié en France depuis 3 ans,
a dû s'enfuir après que la
maison de famille fut attaquée à coup de pierre.
Pourtant, aujourd’hui N. pense
que les choses sont bien plus apaisées, car la population a
pris l'habitude de
les voir « marcher d'une certaine façon,
se coiffer d'une certaine façon,
porter leur sac sur l'épaule d'une certaine
façon ». Seuls les
fondamentalistes religieux sont encore ouvertement homophobes. Il est
membre de
l'association
Al-Qaws - ce qui veut dire
« arc-en-ciel » en arabe, le
symbole de la diversité des genres et des orientations
sexuelles
-, basée à Jérusalem. Cette
association a ouvert une branche à Ramallah, dans
une maison louée par l'association, où ils
organisent des réunions, des groupes
de paroles, toujours en secret. Il y aurait à peu
prés 25 membres d'al-Qaws à
Ramallah. Mais désormais, il travaille a temps plein et,
alors qu'il est l'un
des membres fondateurs de cette branche d'al-Qaws a Ramallah, il pense
que du
fait que certains nouveaux membres d'al-Qaws à Rammallah
sont de plus en plus
ouvertement gay ou lesbienne, il y a un risque pour lui
d'être découvert. Même
si ici - contrairement à Tel Aviv, où il est de
plus en plus difficile pour eux
d’y aller du fait de l’édification du
mûr - les fêtes sont totalement
confidentielles. Ici la question du permis de passage en
Israël est très
sensible, nous dit N. ; ceux qui ont un permis sans raison
évidente, sont considérés
comme des espions à la solde d'Israël ;
et, bien qu'il n'y ait aucune loi
anti-gay a proprement parlé,
ils peuvent être arrêté-es sous
différents prétextes, nous dit-il ; tout
comme les hétérosexuels aussi ne peuvent pas
s'embrasser en public, par
exemple, sous peine d’être accusés de
troubler l’ordre public.
Nous visitons les
ruelles bondées de Ramallah en compagnie de N. ;
c’est une petite ville
très dynamique et surpeuplée, ce qui permet de
rester plus ou moins discret, de
vivre ensemble en couple sans que les voisins s'intéressent
à vous, selon N. De
nombreux jeunes travailleurs viennent travailler à Ramallah
et habitent avec
d'autres jeunes gens sous le même toit ; même si
lui ne peut le faire car, nous
dit-il, il est natif de la ville et tout le monde le reconnaitrait, se
demandant pourquoi il vit avec un garçon plutôt
que de vivre avec sa famille en
ville. Ce serait trop risqué. Il y a quelques
années de cela, il y avait des
« crimes d'honneur » et les
pères qui tuaient leurs enfants en raison
de leur homosexualité, obtenaient souvent une peine
allégée, car justement il
s'agissait d'un crime pour des raisons d'honneur. Pour lui, sa famille
est au
courant : « Ils m’ont
traité comme un moins que rien », depuis
lors. Certains de ses ami-es à l'époque - qu'il
connut tou-tes sur internet ou
par connaissance interposée - étaient battu par
leur famille. Il y a quelques
années lors d’un moment de répression
plus fort qu’un autre, quelqu’un un jour
appela son père et lui appris que son fils était
gay, alors son père N. eut
très peur pour lui et l'envoya aux Etats-Unis pour un mois.
Lorsqu’il revint
ici, tous ses ami-es étaient parti-es à
l'étranger pour les mêmes raisons.
Après cela, il rejoignit al-Qaws afin de créer la
branche de Ramallah ; ce
fut il y a trois ans de cela. Il connaissait ces ami-es depuis six ans.
Aujourd’hui,
pour des gens comme les responsables d'al-Qaws, il est très
dangereux de venir
même en toute discrétion pour des
réunions en territoire palestinien, car,
selon N. Comme son lui père lui-même le lui a dit
un jour, ces gens là sont
considéré-es comme étant une
couverture ; voir on les soupçonne d'être
des
espions à la solde d’Israël, qui
utiliserait les droits des minorités sexuelles
comme un faire valoir. Il y aurait beaucoup à dire sur la
politique d'Israël
vis a vis des palestiniens. C’est le second interlocuteur en
Palestine qui nous
parle de cette problématique de l’homonationalisme
israélien, à laquelle semble
répondre désormais un homonationalisme
palestinien, comme nous le verrons plus
tard ; des homonationalismes
- comme en Europe sous la pression de
l’extrême droite ou de
l’extrême gauche -
évoluent semble-t-il ici sous la pression sans doute
d’extrémistes sionistes
d’un coté, et fondamentalistes musulmans de
l’autre. En Israël et en Palestine,
rien n’est simple et tout semble lié à
la foi au politique et au religieux.
Tous ces homonationalismes, En Europe, en Israël, en
Palestine, ne servent pas
les intérêts des individus appartenant de fait
à une minorité sexuelle, ni la
liberté d’expression ou à
l’autodétermination ; ces
homonationalismes
semblent utiliser les droits humains LGBT comme un faire-valoir, voir
pire,
comme un moyen de pression politique
(…).
N. a
aujourd’hui 28
ans ; il remercie du fond du cœur les leaders LGBT
palestiniens, même s’il
reconnait qu’ils sont souvent les instruments d’une
faction politique ou d’un
autre : « ils ne peuvent rien faire pour
qui que ce soit, lorsque
certains de mes ami-es furent attaquées... Ils ne purent que
les aider à fuir à
l'étranger ». Les gays et lesbiennes
harcelé-es ne peuvent effectivement
pas parler à la police ou a des responsables politiques,
puisque tout est tabou
en ce qui concerne l'homo-sexualité ici. Il n'y a pas de
« safe
house » ici, contrairement à celle qui
existe en Israël - ouverte par une
association israélienne que nous rencontrerons plus tard, Beit Dror, afin d’accueillir
les jeunes chassé-es de chez eux en
raison de leur homosexualité. Il nous parle aussi de
l'association des femmes
lesbiennes palestiniennes Aswat,
que
nous rencontrerons également plus tard, et dont nous avions
accueillies
l’ancienne leader l'année dernière
à la conférence CALEM de 2010
à Paris (qui est organisée cette
année par notre association soeur Merhaba, grâce
à la coordination de HM2F et le mentorship de TIC et de l'imam Muhsinh Hendricks) ;
Al-Qaws, Aswat et d’autres associations LGBT palestiniennes,
se réunissent
aussi dans la même maison ouverte par al-Qaws, toujours en
secret. « Ici
ce n'est pas du tout l'islam. Les problèmes viennent de la
culture arabe, de la
communauté. Il ne s'agit pas seulement des palestiniens ;
c'est la culture
arabe. Surtout en Palestine et en Jordanie, vous trouvez des
chrétiens, et ils
vivent les mêmes difficultés »,
nous dit N. Lui n'est pas très religieux
de toute les façons ; il vit sa vie et ne rendra de compte
qu'a Dieu, nous
dit-il. Il sort aujourd’hui beaucoup en soirée le
week-end ; Ramallah est une
très belle ville nous dit-il, où l'on peut
trouver des gens ouverts d'esprit
qui, même s'ils venaient à apprendre qu'il est
gay, n'y verraient aucun souci.
« L'élite est plus ouverte
d'esprit », nous dit-il, « parce
qu'ils voyagent a l'étranger, ils voient des gays... Alors
que les gens des
villages ne voient rien de tout cela » (retour haut de page).
Les gays et lesbiennes de Rammallah
N. nous parle enfin de ces articles dans certaines revues palestiniennes qui encouragent les gays et lesbiennes palestinien-nes à venir en Israël pour les soirées, pour y vivre, profiter des plages en toute liberté, sans aucunes interdictions, en se tenant par la main dans la rue s'ils le veulent. « D'une certaines façon c'est vrai » ; mais « en même temps c'est très heurtant pour les palestiniens, car le contexte géopolitique est ce qu'il est. J'aime mon pays, c'est triste. Il ne s'agit pas là de religion ; il ne devrait pas s'agir de politique. Le problème vient de la culture ». Il nous dit qu'il s'est senti bien en France ou aux États-Unis, qu'il n'est pas un espion d'Israël, mais qu'il aime son pays. Il pense que les choses évolueront positivement dans l'avenir pour les LGBT, si les palestiniens obtiennent leur état ; car aujourd’hui déjà des gays et lesbiennes sont visibles et personne ne les menacent plus a Ramallah, alors qu'il y a trois ans c'était très dur. Donc les choses ne peuvent qu'aller mieux. Selon lui, la majorité des palestiniens veulent en finir avec le conflit, en finir avec l'occupation, et ils ont plus de démocratie que la plupart des pays arabes ; on peut critiquer ouvertement le pouvoir en place - du coté des territoires palestiniens en Cisjordanie -, même très durement, sans rien craindre. Les gens sont habitués à vivre librement.
Pour
sa part, il est volontaire dans une organisation pour la paix ; il fait
pression sur les leaders politiques des deux cotés du
mûr afin d'obtenir un accord
de paix. Et il fait tout cela librement, sans subir de pression,
contrairement
a ce qui se passerait ailleurs, par exemple en Jordanie :
« si vous ne
faite ne serait-ce que penser à créer un parti
politique, vous seriez vaporisé
depuis nulle part » (« vanished
from nowhere »). La classe
moyenne existe ici et il n'y a pas, selon lui, d'écarts
énormes entre l'élite
et les pauvres du peuple ; les conditions sont réunies pour
qu'un jour chacun
puisse défendre ses droits contre forme de discrimination en
Palestine. C’est
là un point de vue très important !
Enfin, N. apprend que nous jeûnons à
l’occasion de la journée de ‘Arafat, en
solidarité avec nos frères et sœurs qui
sont en pèlerinage à la Mecque, et comme le font
certains de nos frères et
sœurs de HM2F en France. Le soleil se couche sur
l’horizon. N. nous invite à
dîner avec lui dans un coquet petit restaurant mexicain
prés du centre ville. Puis,
peu après 21h, nous retournons sur Jérusalem,
après avoir remercié
chaleureusement N. pour sa contribution à notre
compréhension meilleure de la
situation hautement politisée des LGBT en Israël et
en Palestine..
Le lendemain matin,
dimanche 6 novembre 2011, nous nous levons avant l'aube afin
d'accomplir a
6h30, avec des milliers d'autres musulman-es du monde entier venu-es
à Jérusalem
pour l'occasion, la prière de la fête de l'aid
al-Kabir : dernier jour du mois du hadj.
Durant la prière nous prions Dieu du fond du
cœur ; nous luis confions nos
peines du fait des tensions sous lesquelles nous nous trouvons en
raison du
fait que nous accomplissons ce voyage, en tant
qu’homosexuel-les ET
musulman-es ; comme pleurer Yacob le père de Yuseph
: « Je pense plutôt
que c'est un mauvais coup que vous avez monté
vous-mêmes, et je n'ai plus qu'à
me résigner et à pleurer auprès de
Dieu afin de supporter ce que vous venez de
me dire » (Coran : 12.18) ; nous pleurons
à Dieu nos chagrins liés à ce
message de Paix que nous tentons d'élaborer en Terre Sainte,
juif, chrétiens et
musulmans LGBT tou-tes uni-es ; un message de Paix qui en
dérangent plus d'un-e
a qui la Paix ne profite pas. Après la prière,
Ludovic lis la sourate qui
traite du pèlerinage : surat al-Hadj.
Dieu nous y parle d'Abraham, de son fils, de leur foi
inébranlable en la
miséricorde de notre Seigneur et du bien fonde,
inéluctablement, de ses projets
et de son amour pour nous. Après cela il prie à
haute voix deux raka'at -
génuflexions - avec la sourate
d’al-Ikhlas:
« Dis : « C'est
Lui, Dieu l'Unique, Dieu le Suprême Refuge, qui n'a jamais
engendré et qui n'a
pas été engendré, et que nul n'est en
mesure
d'égaler ! » ; c’est là
l’unique
sourate du Coran qui ne parle exclusivement que de Dieu et de sa
grandeur. Il
nous dira plus tard que c’est à ce moment
précis
qu’il eut l'impression de
« murmurer à l'oreille de
Dieu », qui fut
alors tout à son écoute :
de ma bouche a l'Oreille de Dieu. Il sera alors de nouveau
apaisé ; il sait
désormais ce qu'il faut qu’il fasse. Il doit
s’en
remettre totalement à la
volonté de Dieu, sans douter un seul instant du bien
fondé de ses projets et de
son Amour pour nous tou-tes. Dieu est le plus grand : Allahou Akbar !
Après la prière, Ludovic est rejoint devant l'entrée du dôme du rocher par Nouredine, le troisième participant de HM2F à ce voyage ; l’émotion qui les étreint est immense, elle submerge Ludovic (…). Après avoir été rejoint par Sarah, nous petit-déjeunons au soleil sur la terrasse d’un café de Jérusalem ouest ; puis, nous prenons le temps d'envoyer un peu d'argent au mari de Ludovic qui en a un besoin imprévu. Enfin, à 14h, nous sommes rejoins par le reste du groupe qui vient d'arriver depuis Paris. Nous sommes désormais prés de 50 LGBT de France, musulman-es, juifs-ves, chretien-nes, à fêter nos retrouvailles avant de commencer par la visite des lieux saints de Jérusalem.
Toutes
les photos des monts de Jerusalem, ici.
A 8h du matin le
lendemain, nous nous rendons en bus au mont
Scopus,
où fut construite la première
université hébraïque de
Jérusalem. De là, parce
que Jérusalem se trouve sur la ligne de partage des eaux,
nous voyons donc sur
la gauche le désert de Judée et au loin la
Jordanie ; sur la droite, c’est
l'esplanade des mosquées au cœur de
Jérusalem est. Nous arrivons au bout de la
ligne de crête ; c’est le mont des
oliviers où se trouve les églises de
l'ascension - puisque selon la Bible Jésus
aurait rejoint Dieu
depuis un endroit inconnu de ce mont là. Nous descendons le
mont des oliviers à pied, d'où nous avons une vue
incroyablement belle sur
l'esplanade des mosquées ; nous rejoignons ensuite la veille
ville où nous
pénétrons par la porte de la
miséricorde. Nous remontons le long des 14
stations du chemin de croix - qui serpente à travers le
vieux souk et ses
petites échoppes. Nous visitons le saint
sépulcre, puis le mûr occidental -
appelé aussi « mûr des
lamentations » par ceux qui ne sont pas juifs.
Nous finissons notre visite de la vieille ville par l'esplanade des
mosquées et
par la visite d'al-Aqsa, qui est si chère au cœur
des musulmans depuis les tout
premiers jours de l'islam ; puisque c'était la
première qiblah -
direction vers laquelle les
musulman-es se tournent afin de prier :
« C'est ainsi que Nous avons
fait de vous une communauté du juste milieu afin que vous
soyez témoins parmi
les hommes et que le Prophète vous soit témoin.
Nous n'avions fixé la direction
vers laquelle tu t'orientais initialement que pour distinguer ceux qui
suivraient le Prophète de ceux qui se
détourneraient de lui. Certes, le
changement de direction fut une épreuve difficile, mais pas
pour ceux que Dieu
conduit dans le droit chemin. Et ce n'est pas Dieu qui vous ferait
perdre votre
foi, car Dieu est Plein de bonté et de compassion pour les
hommes »
(Coran : 2.143). Près de la Mecque, il est
d’ailleurs possible de visiter
l’une des seules mosquées au monde
à posséder encore les deux mihrab
- lieu où l’imam se place pour
conduire la prière, face à la Mecque.
Avant le coucher du soleil, Ludovic s’arrête une
mosquée au-dessus du souk afin
d'accomplir ses prières de la mi-journée et de la
fin d'après-midi en même
temps, comme il est d'usage lorsque l'on est en voyage ; puis il attend
le
coucher du soleil pour faire la prière du soir, en compagnie
des commerçants du
quartier qui le rejoignent après l’athan
- l’appel à la prière. Il retourne
ensuite vers les autres membres de notre
groupe qui l’attendent à la porte de Jaffa. Nous
passons cette fin d'après-midi
à l’Open House de
Jérusalem,
où les associations LGBT, y compris l'association des arabes
palestiniens LGBT
vivant en Israël se rencontrent....
Toutes les vidéos concernant l'Open House de Jérusalem, ici
Loin de nous l’idée de dresser un tableau idyllique de la vie des gays en Israël ; les leaders de cette Open House nous confirment que, comme en France, le combat reste difficile et long avant l'égalité, surtout ici dans la capitale, très mixte ethniquement et religieusement, de l'état d'Israël ; ils précisent également que cette évolution ne sera pas automatique. Enfin, ils nous précisent que leur règle est clairement le respect du point de vue de tou-tes, et que si queqlu’un n’est pas d'accord, il peut le dire mais l'essentiel étant de maintenir le dialogue, coûte que coûte ! Pourtant, le recul du dialogue est à regretter, notamment avec les juifs orthodoxes et les palestiniens qui résident en Israël - qui refusent désormais d'avoir des activités avec les autres associations de l'Open House, qui respectent et dans une certaine mesure comprennent, leur position politique - c’est la raison pour laquelle la leader d’Al-Qaws annulera au dernier moment notre rencontre - c’est la seule personne, sur toutes celles que avons bien rencontré en Israël, en Palestine, en Cisjordanie, qui agira de la sorte ; subissant sans doute des pressions politiques trop fortes, puisqu’elle-même est souvent accusée - menacée - en raison du fait qu’on l’accuse d’être manipulée à des fins sionistes - les politiciens agissent trsè vraissemblablement ainsi afin de reléguer la cause LGBT au second plan ; c’est là le visage d’un homonationalisme palestinien, que nous découvrons au fil de notre voyage, instrumentalisé par des fondamentalistes musulmans - certaines associations LGBT du Moyen-Orient sont contraintes, disent-elles, de travailler avec des partis extrémistes comme le HezboAllah ! - ; tout comme les homonationalistes instrumentalisent la cause gay en Europe, à des fins idéologiques, en utilisant la cause de réfugiés LGBT, cela afin, nous le pensons, de ne présenter en France que le visage « d’homomusulman-es » en rupture avec un islam qui ne peut, selon ces homonationalistes européens, qu’être essentiellement misogyne et homophobe. C’est là une attitude « nationaliste », « raciste » et « islamophobe » que des intellectuels - telle que la « papesse du queer », Judith Butler - ont dénoncé avant nous...
Quoiqu’il
en soit,
après le diner à l’hôtel,
nous rencontrons les membres de l’association des
gays religieux israéliens, Havruta,
qui se réunissent -
tout comme à HM2F - essentiellement afin de discuter
ensemble de la façon de
gérer leur rapport à la culture et à
la religion, en l'occurrence au judaïsme.
Il nous dit que la route reste longue, mais désormais ils
sont visibles et
lorsqu’ils rencontrent les rabbins des yeshivahs,
un peu partout dans le pays, ils parlent de leurs histoires
personnelles et
même si la plupart des religieux pensent qu'ils viennent d'un
autre monde, au
moins aujourd'hui, comme pour HM2F, plus personne ne doute du fait que
l'on
puisse être homosexuel-les tout en ayant des convictions
religieuses. Nous
passerons tou-tes ensemble, juifs, musulmans et chrétiens,
une soirée
mémorables en compagnie de nos frères et
sœurs de Jérusalem (retour haut de page).
Le mardi 8 novembre 2011, à 8h30 nous partons pour le village d'Abu Gosh - citée dans la bible comme le lieu où Jésus est réapparu au moment de « l'Emmaüs » ; c’est également le village où les arabes palestiniens se sont refugié-es au moment de l'invasion d'Israël durant la guerre, grâce entre autre à la protection du gouvernement français. Nous rencontrons le père Bénédictin, Olivier, à l’abbaye du village d'Abu Gosh, ainsi que le docteur es islam, que nous appelerons Mohamed, responsable des programmes éducationnels et culturels d'Abu Gosh. Il nous dit combien il est heureux de rencontrer notre délégation, qui porte un message de paix « unique » ; il nous dit aussi qu'il est possible de vivre ensemble en paix, même parfois durant les moments de conflit. Il nous dit pourquoi les arabes palestiniens d’Israël se trouvent pris entre leur nationalité israélienne et leur appartenance au peuple arabe. Il insiste enfin sur les deux aspects du problème des palestiniens : les citoyens d'Israël qui, ici, luttent démocratiquement pour leurs droits, et les palestiniens sous l'occupation israélienne qui doivent obtenir le droit de prendre en main leur avenir au sein d'un état de Palestine indépendante.
Toutes
les vidéos d'Abu Gosh, ici.
Toutes les photos d'Abu Gosh, ici.
Le frère
Olivier -
surnommé « Zeitoun »,
en arabe cela veut dire « olive »
-
nous parle du travail interconfessionnel, des « murs
qui tombent » et
du fait que « nous n'avons pas le droit de baisser
les bras », malgré
toutes les difficultés ! Puis en début
d'après-midi nous rencontrons le
député israélien, Nitzan Horowitz.
Il a été journaliste, correspondant durant 6 ans
à Paris pour le quotidien
Haaretz, aujourd’hui membre de l'opposition au gouvernement
de Netanyahou :
le parti de gauche appelé Meretz.
Nous le rencontrons sur son lieu de travail à la Knesset -
l'assemblée
nationale israélienne (toutes vidéos sont
interdites) -, où il nous parle du
fait que, malgré les difficultés, il a
été le premier député de la
Knesset élu
en étant ouvertement gay. Il dénonce le
gouvernement de droite dur ; un gouvernement
constitué grâce aux ultra-orthodoxes
israéliens, qui parlent
« d'égalité
des droits » pour tous-tes, en théorie,
mais qui en réalité bloquent le
parlement. Il nous parle de la tragédie de
« deux pays » : l'un
très
libéral en apparence, et l'autre dramatiquement
conservateur. Il nous parle
également de son combat, au sein de son groupe politique,
pour la laïcité et
pour la séparation entre le religieux et le politique. Il
nous parle par
exemple du fait que l'actuel gouvernement tente parfois de l'utiliser,
surtout
à l'étranger, pour qu'il serve de vitrine,
d'alibi pour Israël ; afin
qu'il dise qu'ici tout se passe bien ; en principe il refuse toujours
de partir
« représenter Israël comme un
paradis sur terre » ; il nous dit qu'il
y a des problèmes et qu'il faut en parler, notamment en ce
qui concerne les
minorités - palestiniens, femmes, LGBT,
immigré-es, etc. En ce qui concerne
l'homonationalisme, « la situation est
complexe » nous dit-il ; il
considère qu’Israël est un
« pays sympathique », mais qu'il
ne faut
pas être instrumentalisé, qu'il faut
« dire la
vérité » et, en
l'occurrence, que ce gouvernement n'est pas
« sympathique »,
contrairement a ce qu'il veut faire croire. Il critique encore une fois
les
ultraconservateurs musulmans et juifs, pour qui cette question du
respect de la
diversité sexuelle et de l’orientation de genre
est tout simplement
« tabou » ; et,
lorsqu’on lui pose la question de savoir si cela est
bloqué a jamais, notamment en Palestine, il est
catégorique : « si, si, si,
si, si, ils ne sont pas bloqués... Mais il faut mettre la
pression ».
C'est exactement la stratégie de HM2F et de ses partenaires
que de militer pour
la défense des droits des minorités sexuelles
musulmanes en France, et partout
ou l'islam porte sa voix, sans être
instrumentalisé ni transiger avec quelque
idéologie que ce soit, à visage
découvert, en collaborant avec nos associations
sœurs d’Europe et d’ailleurs ;
et, nous l’espérons un jour, y compris au
sein d'une Palestine libre, indépendante, qui prendra son
avenir en main loin
de toute forme d'extrémismes ou d'idéologies
sectaires ; nous voulons y croire.
Enfin, pour détendre l'atmosphère, nous rions
beaucoup tou-tes ensemble de la
polémique aujourd’hui au sujet de l'aparté entre Barak Obama et
Nicolas Sarkozy
qui a été intercepté par un
journaliste futé.
En milieu
d'après-midi,
vers 15h30, nous commençons notre visite du
mémorial de la Shoa, Yad Vashem
; un mémorial que les musulman-es de
notre groupe ont insisté pour le visiter, afin de rendre
hommage aux millions
de morts juifs de la guerre mondiale. Ludovic prend quelques minutes
afin de
faire ses ablutions - aux cotés d'un chauffeur de bus
palestinien d'Israël -,
avant de faire ses prières de la mi-journée dans
le jardin du mémorial. Notre
guide Renée Goutmann nous rappel qu'en rien
« ces atrocités ne peuvent
justifier les comportements des gouvernements israéliens
d'aujourd’hui » ;
ce mémorial est dédié avant tout
à mettre « un visage »
sur ces 6
millions de juifs-ves - hommes, femmes, enfants -,
exterminés durant la guerre.
Avant de quitter le mémorial Yad Vashem, notre groupe
observe une minute de
silence, mains dans les mains, en mémoire des victimes de
toutes formes de
discriminations. Puis, en fin de journée, nous finissons par
rencontrer après
le coucher du soleil le représentant du consul de France a
Jérusalem, en charge
des relations culturelles avec l'autorité palestinienne ; il
nous rappel que la
France a voté l'inclusion de la Palestine a l'UNESCO car
selon la France, et
selon les rapports des instances internationales, les territoires
palestiniens
aujourd’hui occupés, sont prêts
désormais à devenir un pays
indépendant, en
paix. Concernant Gaza, malheureusement les diplomates nous confirment
que même
eux ne peuvent pénétrer dans ce qui est devenue
une prison à ciel ouvert ; et le
représentant du consul de France à
Jérusalem d'insister sur le fait que tant
que « l'occupation israélienne ne cessera
pas », les palestiniens ne
pourront prendre en main leur avenir. Car même si la
Palestine a été reconnue à
l'UNESCO, la route reste encore longue, selon le consulat de France
à
Jérusalem, avant la reconnaissance d'un état
Palestinien véritablement
indépendant.
Toutes les vidéos concernant le consulat de France et la Palestine, ici.
Toutes les photos concernant le consulat de France à Jérusalem, ici.
Le soir
même, avant
de se coucher, certains de notre groupe rencontre des parents d'enfants
homosexuel, d'origine israélienne ou palestinienne ; comme
en France, ici aussi
il y a plus de dix fois plus de suicide chez les jeunes adolescent-es
homosexuel-les, et c'est une tragédie que les parents
peuvent contribuer
d'éviter, en acceptant le genre et l'orientation sexuelle de
leur enfant (retour haut de page).
Palestine libre, pour de meilleurs droits humains LGBT
Nous sommes le
mercredi 9 novembre 2011 ; nous nous sommes tout trois - les
musulman-es du
groupe - levé-es à 3h40 du matin afin d'assister,
pour la prière d'avant
l'aube, une dernière fois dans la mosquée
d'al-Aqsa, avant de quitter Jérusalem.
Puis, nous partons avec notre bus de groupe un peu après 7h
; dans le bus,
l'ambiance est au beau fixe ! Celui qui arrive en dernier, Nouredine,
obtient
un gage que nous lui crions tou-tes en riant et en frappant dans nos
mains.
Cette fraternité fait chaud au cœur .
Nous quittons
Jérusalem sans passer par un check-point, puisque seules les
villes à forte
population musulmane ont été confies à
l'autorité palestinienne ; le reste des
territoires palestiniens est entièrement occupé
par l'état d'Israël. Nous
n'oublions pas pour autant la difficulté de la situation
politique de la région
; notre guide Renée accroche une carte d'Israël et
de la future Palestine libre
à l'avant du bus. Elle nous indique que nous passons
prêt de la colonie de Ma'ale Adumim,
qui est a l'est de
Jérusalem, et qui devrait être
rattachée à Israël un jour, alors que
d'autres
territoires pourraient être donnés aux
palestiniens en échange. Au loin a
l'horizon, c'est la Jordanie ; nous traversons le désert de
Judée, peuplé
aujourd'hui encore de nomades qui pour beaucoup d'entre eux vivent
encore sous
la tente. Nous passons prés de la tombe de Nabi
Mussa - Moise
étant
enterré là selon la
tradition musulmane -, qui fut depuis longtemps un haut du mysticisme
soufi.
Nous dépassons Jéricho, la plus ancienne - dit-on
- et plus basse ville du
monde ; nous sommes désormais dans la vallée du
Jourdain - que Sarah et Ludovic ont déjà
traversés dans le sens inverse, en revenant de notre
périple
en Jordanie. Nous sommes au niveau de la mer morte, à 400m
en dessous du niveau
de la mer, à prés de 1200m plus bas que
Jérusalem. Nous passons devant Koumran,
où furent découvert les fameux
« manuscrits de la mer morte ».
Puis, nous prenons la route du sud le long de la mer morte, vers Ein Gedi - une oasis
au bord de la mer morte -, ou nous passons quelques heures de
détente, avant de remonter vers Jérusalem, puis
vers Bethlehem.
Toutes
les photos concernant Ein Geidi, ici.
Notre groupe visite
l'église de la nativité et nous rencontrons
également, au centre pour la paix,
le professeur Bernard Sabellah de l'université de Bethlehem,
membre élu du
conseil palestinien,
qui participe par le biais de son organisation à l'entretien
de trois cliniques
à Gaza. Il nous explique pourquoi, selon lui, il n'y aura
pas de solution
politique ni un état palestinien viable à long
terme, tant que l’actuel
gouvernement israélien - qui a « toutes
les cartes en main » nous
dit-il - ne ce décide pas à faire
évoluer la situation. Pour autant, il nous
précise que le futur état de Palestine devra
être respectueux des droits
fondamentaux de l'être humain, notamment en ce qui concerne
la liberté de
culte, car la future Palestine ne sera pas un état islamique
: « nous
n'avons pas de problème comme au Pakistan... Il y a une vie
d'acceptante
mutuelle... Il y a entre chrétien, musulman, juifs, une
compréhension
mutuelle... Un modus vivendi »,
notamment grâce au « conseil des religions
en Terre Sainte » pour le
dialogue interreligieux, afin que chacun-e, quel que soit sa confession
ou pas,
soit un citoyen à part entière au sein, nous
dit-il, d'un état palestinien
laïc. Il nous parle aussi des droits des femmes en Palestine,
ou prés de 60
pour cent des etudiant-es par exemple sont des femmes ; alors que
seulement 15
ou 16 pour cent des femmes travaillent. Ce qui veut dire, selon lui,
que
l'économie palestinienne est encore étroite,
entièrement dépendante de
l'économie israélienne, dans un pays
où les hommes sont embauchés
préférentiellement aux femmes. Encore une fois,
nous en revenons au
développement économique ; pour les femmes, selon
le professeur Sabelleh, comme
pour les minorités sexuelles, comme nous l'avons vu plus
avant lors de notre
séjour, l'émancipation des individus et le
respect des droits de l'être humain
dépendent, aussi, du développement d'une
économie indépendante au sein d'une
Palestine indépendante. Il
insiste enfin sur le fait qu'on ne peut, pour le bien de nos enfants,
envisager
de « lutter pour
l'éternité » contre nos
voisins - comme l'affirment
certains partis politiques fondamentalistes dans la région -
; il faut faire la
paix. Et, concernant le droit des minorités sexuelles, il
nous confirme la
aussi, comme nous l'avions déjà entendu a
Ramallah ou ailleurs en Palestine,
que la liberté individuelle existe : « ce
n'est pas la police qui va venir
le chercher » ; mais pourtant la culture du pays, la
pression familiale,
ne laisse d'autre choix souvent aux gays et lesbiennes que de quitter
la
Palestine.
Toutes
les photos concernant Bethelem, ici.
Peu avant la fin de
la journée, nous reprenons
la route vers Jérusalem afin de rejoindre Ramallah. C'est en
effet le chemin le
plus court ; autrement il nous faudrait prendre les petites routes de
campagnes
et cela nous aurait pris une éternité, en raison
du découpage sécuritaire du
territoire palestinien qu'impose l'état d'Israël en
Palestine. Nous rendons
visite aux responsables du centre culturel franco-allemand de Ramallah,
sponsorisé par la chaine télévisuelle
franco-allemande Arte,
qui nous parlent de ce rêve fou d'une paix entre la France et
l'Allemagne au
lendemain de la seconde guerre mondiale. Nous visitons
également, à l'étage du
centre, la bibliothèque Robert Schuman, éponyme
de ce visionnaire entre
deux pays qui, à l'époque, se disputaient les
territoires de l'Alsace et de la
Lorraine des années durant. En fin de journée
nous reprenons la route pour Tel
Aviv, ou nous arrivons à 20h30. Nous dinons ; notre
chauffeur Ashraf - « le
défenseur de l'honneur le plus pur », en
arabe - est extenué après une
journée épuisante pour lui, dans les
embouteillages et entre deux check point.
En arrivant enfin a l'hôtel, certains font leurs
prières du soir, tandis que
Nouredine se rend au théâtre de Tel Aviv afin
d'assister à la représentation du
Lac
des Cygnes.
Puis nous dormons tous du sommeil du juste jusqu’à
7h le lendemain matin (retour haut de page).
Nous
commençons par
visiter le quartier de Neve Tsedek
:
le premier quartier construit au nord de Jaffa - la ville
palestinienne. C'est
dans ce quartier que se trouve l'abri pour jeune homosexuel-les
mineur-es, le Beit Dror
- « la maison de la
liberté ».
C’est l'une des deux maisons d'accueil pour les mineurs,
depuis dix crée par
une femme lesbienne, conseillère municipale. Ici il n'y a
que 9 lits et c'est
le seul abri de ce type en Israël. La
moitié de ces adolescents sont des transgenres, qui ont le
droit de rester ici
pour 6 mois. Cette organisation est le pendant de notre association en
France,
Le Refuge, qui accueil aussi les jeunes homosexuel-les que les parents
ont
rejeté-es en raison de leur orientation de genre. Ici, ils accueillent
des adolescents de toutes les confessions ; parfois même des
palestiniens
d'Israël, originaires de village qui ne parlent même
pas hébreu, amenés parfois
par leur famille, leur grand-mère, pour éviter
qu'ils/elles continuent d'être menacé-es
voir plus, violente-es physiquement. L’une des
mères de l'un des adolescents
accueillis leur a même dit une fois « quel
est le problème d'être gay !?
Même Kadhafi a un fils gay », leur
a-t-elle dit. Ils nous disent que le
problème est le même avec les palestiniens
conservateurs et les juifs
orthodoxes ; la plupart des jeunes ne pouvant faire une croix
sur leur
famille afin de vivre seuls en Israël - car il est difficile
de vivre en tant
qu'arabe en Israël, c'est une double discrimination que
certains choisissent de
surmonter en changeant de nom -, alors la plupart décident
de se marier et de
vivre leur homosexualité en parallèle de leur vie
de famille, en secret. Rappelons
que, d’après plusieurs des palestiniens gays que
nous avons rencontré, la
création d'un état palestinien
indépendant leur parait être la façon
la
meilleure de permettre aux palestiniens de faire évoluer les
mentalités sur ses
questions là ; et cela même si la guerre permet à certains
politiciens de
faire oublier le respect des droits des minorités.
Enfin, concernant la spiritualité de ces adolescents, la
grande majorité des
adolescents juifs ou arabes qui ont été
accueilli-es ici ont rejeté leur
religion car ils/elles pensaient qu'il y a avait là une
contradiction entre les
deux ; bien que certains, avec le soutien des psychologues de
l'association,
ont été en mesure de comprendre qu'ils
étaient aussi humain-es que n'importe
qui et donc, qu'ils pouvaient être « l'un
e t l’autre » - croyant et
homosexuel - et non pas « l'un ou
l'autre », nous disent les
responsables du centre. Sur leur flyer il est inscrit en
hébreu : « la
maison de la liberté, la liberté de
choisir ».
Toutes les vidéos concernant Beit Dror à Tel Aviv, ici.
Toutes les photos concernant Beit Dror et Tel Aviv, ici.
Après
avoir adressé
un au revoir chaleureux à tous les membres de Beit Dror,
nous allons ensuite
déjeuner a Jaffa. Puis, en début
d’après-midi, nous rencontrons son excellence
l'ambassadeur de France en Israël, a l'institut de France de Tel Aviv,
qui nous félicite de nous être rendu en
Israël et en Palestine, afin de nous
rendre compte sur le terrain que la réalité est
plus complexe qu'il n'y paraît,
et qu'il faut nous faire nous-mêmes notre avis sur la
question de la diversité
sexuelle et de l'orientation des genres. Il nous parle, loin de tout
angélisme,
de la « bulle de Tel Aviv » qui
présente une grande liberté par
rapport au reste du pays et au reste de la région en
générale. Je lui parle
personnellement de
« l'homonationalisme » et de la
récupération,
d'une façon ou d'une autre, par un camp ou par un autre, de
la cause des droits
des minorités sexuelles a des fins politiques, en France, en
Europe, en
Palestine ou en Israël ; une instrumentalisation de nos
combats pour les droits
humains LGBT que le collectif citoyen des homosexuel-les musulman-es de
France
condamnent sans concession, même si nous saluons sans
réserve l'avancées des
droits des minorités sexuelles en Israël ces
dernières années. Ludovic,
porte-parole de HM2F, précise également que le
« dialogue a un
prix », et que notre collectif citoyen est
prêt à payer le prix de la
paix. Enfin, le jeune Yamine de l'association des gays juifs religieux,
nous
rappel que la paix cela commence chez nous.
Après
l'institut de
France, nous visitons le centre LGBT de Tel Aviv, Gan Meir
: une grande maison LGBT au cœur de Tel Aviv,
financée par la municipalité, où
les responsables nous font visiter les lieux et nous
présentent les nombreuses
activités et groupes de soutien. Le groupe de soutien aux
jeunes nous rappel,
là encore, que les arabes, les éthiopiens, les
russes israéliens, sont les
groupes ethniques les plus difficiles à atteindre ; de plus,
comme en France,
les hommes sont plus présents au sein du milieu LGBT que les
femmes. Même si
nous rencontrons également l'organisation des lesbiennes
juives et religieuses,
qui chacune pensaient être « seule au
monde » ; aujourd’hui les
femmes de l'association Bat Kol sont plus de
300,
au sein d'une association entièrement dirigée par
des femmes, de manière
« non hiérarchique » -
au sens traditionnel du terme, nous
disent-elles. Ces femmes travaillent à un judaïsme
« inclusive » et
basé sur la
« compassion », en tentant de
trouver une représentation
du judaïsme qui soit
« fonctionnelle », par rapport au
problème
d’identité et à la souffrance. La
représentante de Bat Kol ajoute pour conclure
que leur association a vue la naissance d'enfant nés au sein
de couples homos
ou hétérosexuels - où par exemple la
femme se sait lesbienne mais ne veut pas
quitter son milieu social ultra-orthodoxe. C'est pourquoi elle pense,
d'ailleurs, que l'initiative du rabbin Areleh Harel,
lorsqu’il organise des mariages entre gays et lesbiennes, n'a
pas forcement
tort... C’est une position qui en étonne plus
d’un dans l’assistance. Enfin,
ils nous précisent qu'il y a certains quartiers hors de la
« bulle »
du centre ville de Tel Aviv, où ils ne marcheraient pas
mains dans la main avec
leurs partenaires ; c'est une question que l'on se pose d'autant plus
depuis
l'assassinat des deux jeunes homosexuels en
2009 ;
comme quoi les choses avançent dans la région,
mais pas aussi vite qu’on le
voudrais et pas de manière uniforme sur l’ensemble
des différents territoires.
Puis, nous dinons au café du centre LGBT, avant de rejoindre
notre hôtel.
Certains sortent faire la fête à Tel Aviv, entre
gays ou entre lesbiennes ; Ludovic
dort encore une fois du sommeil du juste (retour haut de page).
Le lendemain matin,
au deuxième étage de notre
hôtel dans une petite salle, nous sommes une trentaine
à avoir ressenti le
besoin de nous réunir afin de partager un temps de
spiritualité plurielles ; Ludovic
lit en arabe la Fatiha
- première sourate du Coran
- ; Philippe du Beit Haverim lit en hébreu le Chema
Israël - tiré du
Deutéronome - ; puis nous nous levons
tou-tes afin de réciter, main dans la main, le
notre Père en
français - la prière enseigné par
Jésus lui-même à ses apôtres,
selon la tradition.
Nous respectons une minute de silence, en nous laissant
imprégner de toute
cette énergie formidablement positive et de ces sentiments
de fraternité qui
nous étreignent ; plusieurs d'entre nous ont les larmes aux
yeux. Nous quittons
ensuite l’hôtel en compagnie du reste du groupe. Ce
matin là nous visitons les
quartiers aux maisons de style Bauhaus, qui valurent
à
Tel Aviv d'être inscrite au patrimoine de
l'humanité par l'UNESCO. Nous visitons
également la place Yitzhak Rabin - anciennement
nommée place des rois d'Israël
-, qui n'était pas un modéré, et qui
disait à ses soldats de briser les membres
des palestiniens durant la guerre.
Il fut pourtant assassiné après les accords de
principe de paix d'Oslo, par un
ultra-orthodoxe sioniste,
opposé à la paix avec les arabes.
Et Franck, porte-parole du Beit Haverim, nous rappel qu’Anouar al-Sadat, ou
même le grand-père de l'actuel roi de Jordanie, ont
également été assassiné,
parfois à l'entrée de la
mosquée al-Aqsa,
car certains extrémistes les trouvaient trop
modérés, voir ambitieux (…). Les
hommes pour la paix sont assassinés ici par ceux qui, dans
leur propre camp, ne
veulent pas de la paix. De notre point de vue plus modeste, il est vrai
que de
savoir s'il faut boycotter Israël ou venir ici afin de voir
sur place la façon
dont les palestiniens, notamment, vivent au quotidien, c’est
une vraie
question... Au sein de notre collectif citoyen, HM2F, nous avons fait
notre
choix, en espérant apprendre de ce conflit tout en
contribuant à faire avancer
les choses ; et de fait on a jamais autant parlé de la vie
des LGBT dans la
région, depuis la France. Nous condamnons toute
forme de discrimination comme
nous l'avons toujours fait
inch'Allah,
nous ne condamnons homonationalism
chaque:
celle utilisée par
certains sionistes pour
justifier l'occupation
des territoires palestiniens;
celle utilisée par certains fondamentalistes
musulmans - comme le Hezbollah - pour
forcer organisation LGBT
d'adopter leurs stratégies politiques panarabiste; celui
utilisé par le
français -
et les Européens
- d'ostraciser
les musulmans LGBT.
Nous visitons
ensuite le souk du centre ville,
avant de répondre ensuite a l'invitation de la seconde
maison LGBT de Tel Aviv,
la Agudah, où nous
rencontrons plusieurs leaders
associatifs, juifs ou musulmans, dont Samira qui fait partie de
l'association Aswat
; elle nous dit que la paix sera une chance pour tou-tes les
citoyen-nes
israéliens, en particulier les femmes et les individus
appartenant de fait à
une minorité LGBT. Puisque selon elle les gouvernements utilisent souvent le
conflit et les problèmes sécuritaires-
elle décrit la société
israélienne comme
encore très « militarisée et
sioniste », alors que d'autres israéliens
de
confession juive l'ont décrit comme "fragile" et craignant
pour
sa survie -, pour éviter d'avoir à
gérer les problèmes sociaux. Elle nous
parle aussi du fait que la plupart de ses amies palestiniennes ou
israéliennes
sont ouvertement lesbiennes auprès de leur famille ; elle a
même témoignée à
visage découvert pour un documentaire sur une chaine de
grande écoute en Israël
; c'est dur, pourtant c'est possible d’être gay ou
lesbienne ET palestinien-ne ! Nous
rencontrons également des gays arabes musulmans de Haïfa
et de Hébron, qui
veulent absolument garder l'anonymat, et qui nous parle de
l'impossibilité,
selon eux, de s'assumer en tant que gays musulmans dans une petite
ville de
province Palestinienne en Israël, ou en Palestine -
où parfois l'autorité
palestinienne recommande même certains homosexuels qui sont
menacés afin qu'ils
soient accueillis en Israël, nous disent-ils. Nous rencontrons
également Anat
Solomon, responsable des questions lesbiennes à la Agudah.
Enfin, nous
rencontrons Shaul Ganon qui est en charge de l'accueil des LGBT
palestinien-nes. Puis, de retour à l'hôtel, nos
frères et sœurs du Beit Haverim
célèbre le Shabbat, en ce vendredi soir, avant
que nous ne dinions tou-tes
ensemble.
Toutes les vidéos concernant l'Agudah, ici.
Toutes les photos concernant l'Agudah, ici.
Le lendemain matin,
nous partons pour le nord du
pays et le lac de Tibériade
;
sur la route nous visitons le théâtre
antique de Caseare,
construit par Hérode - roi des juifs sous
l’autorité de Rome, bâtisseur du
second temple d'Israël à Jérusalem
-, qui se trouve
en bord de mer ; nous traversons plusieurs villages et
petite villes musulmanes, nombreux dans cette région du nord
d'Israël ou les
populations palestiniennes n'ont pas été
chassées par les guerres successives.
Nous dépassons notamment le village Mu'awiye
- éponyme du nom de ce célèbre
compagnon du Prophète Mahomet
.
Puis nous dépassons Armageddon
- « la montagne de Megido » -, et
Nazareth,
qui en arabe se dit al-Naserat -
d'ou
vient le terme nasraniyoun,
« chrétien ».
Nous dépassons aussi le mont où aurait eut lieu
la transfiguration de Jésus
.
Nous arrivons au lac de Tibériade, situe à 200 m
en dessous-du niveau de la
mer, d'ou nous voyons au loin le plateau du Golan. Nous
déjeunons au bord du
lac, puis nous visitons Capharnaüm, le mont des
béatitudes et l'église de la
multiplication des pains. Nous retournons à notre
hôtel pour diner, avant de
profiter d'un formidable temps de partage ou chacun-e pourra livrer ses
premières impressions sur ce voyage. Nous nous disons au
revoir ; certains
d'entre nous sortirons une dernière fois dans Tel Aviv. Nous
-Sarah, Nouredine
et Ludovic - reprendrons l'avion le lendemain matin à 5h45,
juste après l'heure
de la prière de l'aube, pour retourner sur Paris retrouver
nos proches. Le
reste du groupe reprendra cette après-midi là un
vol plus cher, mais sans
escales jusqu’à Paris (retour haut de page).
Homosexuel-les & Musulman-es : libération du dogmatisme, des homonationalismes
Ce voyage en
Terre trois fois Sainte nous aura permis de
resserrer entre nous des liens que nous avons la chance
d’être en mesure de
tisser avec deux de nos associations sœurs
privilégiées. Nous avons eut la
chance d’être en mesure de finaliser,
après
près de deux ans de travail assidu
et indépendant, un voyage qui fut une première
mondiale,
au-delà des préjugés
et de toutes formes de manipulations politiciennes.
Tout
d’abord, il
nous a été donné d’observer
sur le terrain, et non pas depuis Paris avec toutes
les distorsions que cela comporterait, que la situation ici disparate,
pour le
moment, entre Israël et Palestine. L'image d'Epinal
étant qu'Islam et
homosexualité seraient incompatibles - les choses
étaient totalement inversées
il y a peu encore (comme nous en discutions encore récemment
à HM2F, lors de la réunion de la commission Reflexion Islam du
vendredi 14 octobre 2011).
Pourtant, la culture
arabo-islamique évolue très rapidement ces
dernières années ; et nous
avons pu constater sur le terrain que, malgré les grandes
difficultés posées
par les dogmatiques religieux, et les homonationalistes
de tous bords dans la région - sionistes ou
panarabistes -, les LGBT palestinien-nes, comme les LGBT
israéliens, profitent
de ces mutations sociétales positives ;
même si, aux dires de nombre
d’intervenants que nous avons rencontrés sur le
terrain, la création d’un état
palestinien indépendant, séculier et stable
économiquement, permettra
l’émancipation pleine et entière de
populations qui demandent, comme tout les
peuples de la terre, à vivre en paix.
Nous avons pu
constater également que les extrémistes
homonationalismes, tout comme en
Europe, instrumentalisent-ils LGBT d’une façon
similaire, en leur promettant
leurs droits - ou du moins de les laisser vivre -, s'ils cautionnent
leurs
positions idéologiques (raciste en France, sioniste en
Israël et panarabiste en
Palestine). Il est apparu clairement entre nous que nous ne voulons pas
de
l’importation d’un conflit étranger, et
de ses enjeux géopolitiques, chez nous
en France. Pour HM2f aussi, il a été difficile
d’affirmer notre particularité,
en toute indépendance, sans tomber dans
l’escarcelle d’une idéologie politique
ou d’une autre. Nous voulons croire que nous serons en mesure
à l’avenir de
continuer à tracer notre sillon, pas à pas, afin
de nous libérer du dogmatisme
et de toutes formes d’extrémismes.
Fondamentalement,
nous pensons que le fait de faire face à une double
discrimination
discriminations (en tant qu'homosexuel-les, et/ou en tant que femme
lesbienne, ou arabe,
ou noire, ou séropositif, etc.) nous permet, lorsque
l’on s’en donne les moyens
intellectuels, d’être au-delà des
préconçus ; puisque nous
n’avons pas
d’autre choix, si nous voulons vivre en paix, que de
reconstruire nos identités
de manière radicalement subversive par rapport à
l’ordre établi.
En cela, nous pensons avoir pleinement profité de l’occasion de ce voyage, dont les thèmes principaux étaient spiritualité et LGBT, afin d’apprendre à mieux connaitre nos frères et nos sœurs de Terre Sainte ; tout renforçant nos convictions quand aux écueils idéologiques dans lequel il ne nous faudra jamais choir. C’est aussi la raison pour laquelle nous prions l’Eternel afin que la paix voit le jour, enfin, sur ce petit bout de terre tant convoité ; et que plus jamais la guerre ne serve d’excuse au retard de l’avancée des droits humains, en particulier de ceux des individus appartenant de fait à une minorité LGBT.
Ce voyage LGBT et spirituel s'est voulu à l'avant-garde d'un dialogue pour la paix et contre toutes formes de discriminations ; le destin de tout activisme d'avant-garde ayant toujours été d'être sacrifié, dans une certaine mesure :
(Coran)
94.1. N'avons-Nous pas
épanoui ton cœur?
94.2.
Ne t'avons-Nous pas soulagé du
fardeau
94.3.
qui te pesait sur le dos,
94.4.
et n'avons-Nous pas rehaussé
ton prestige?
94.5.
Certes, à côté de la
difficulté, il y a la
facilité.
94.6. Certes, à côté de
l'adversité, il y a la félicité.
94.7. Alors, chaque fois que tu as un moment de loisir, tourne-toi vers
ton
Seigneur
94.8. et aspire à Sa grâce avec ferveur !
Amen !
COLLECTIF CITOYEN POUR UN ISLAM DE FRANCE VÉRITABLEMENT INCLUSIF,
& UNE LAÏCITE VÉRITABLEMENT RESPECTUEUSE DE TOUTES LES CROYANCES.
Textes du blog de L.Zahed - voyage du 25 octobre 2011 au 13 novembre 2011.
Au plaisir de
bientôt vous comptez parmis nous.
http://www.homosexuels-musulmans.org
homomusulmans@gmail.com
CALEM - financée en 2012 par le conseil de l'Europe et qui reçu le prix Pierre Guénin de SOS homophobie -,
membre de la Fédération LGBT, du RAVAD, de l'ILGA ;
membre des collectifs interassociatifs Pinar Selek et IPERGAY, et membre fondateur du MTE.
Le
collectif
HM2F est l'aboutissement d'une collaboration fraternelle entre des
homosexuel(le)s (ou des citoyens appartenant à d'autres
minorités sexuelles
visibles) : qu'elles ou qu'ils soient athés, de confession
juive, de
confession musulmane, chrétienne, bouddhiste ou autre...
C'est une
grande fierté !
Et nous fomentons le secret espoir à la face du Destin,
que cette pluralité et ce "vivre ensemble" citoyen et
collégial,
restera la pierre angulaire sur laquelle nous continuerons de
bâtir nos
projets communs, inch'Allah.












































