Rencontres spirituelles & lgbt, à l'avant-garde d'un dialogue pour la paix, 

au-delà du dogmatisme et de toutes formes d'homonationalismes.





SOMMAIRE





PROLOGUE - Pourquoi un tel voyage ?

Du Cœur de l’Europe, à celui du désert jordanien. 2

La route du Roi, en route vers Amman. 3

Gays et lesbiennes de Jordanie. 4

Entre antisémitisme et sionisme, le dialogue est-il possible ?. 6

al-Quds, Terre trois fois sainte. 7

Gay de Palestine, au sein de la ville du Christ 8

Droits humains LGBT et homonationalismes. 10

Les gays et lesbiennes de Rammallah. 12

LGBT de France à Jérusalem... 13

Arabes d’Israël ou palestiniens de citoyenneté israélienne ?. 14

Palestine libre, pour de meilleurs droits humains LGBT.. 16

La « bulle » LGBT de Tel Aviv. 18

Femme lesbienne de Palestine

. 19

EPILOGUE - .. 21Homosexuel-les  &  Musulman-es : libération du dogmatisme, des homonationalismes. 21








PROLOGUE - Pourquoi un tel voyage ?

Du 6 au 13 novembre 2011, les associations BEIT HAVERIM (Groupe Juif Gay et Lesbien de France), DAVID & JONATHAN (Mouvement Homosexuel Chrétien) et HM2F (Collectif citoyen des Homosexuel-les Musulman-es de France)*, organisent un voyage en Israël et Palestine. Ce voyage historique - une première mondiale car jamais effectué par des Musulmans, des Juifs et des Chrétiens à la fois - sera à l'avant-garde d'un dialogue entre les spiritualités, dans un souci de réciprocité, et de solidarité avec les mouvements LGBT* locaux.

 Les trois associations se sont dites honorées du soutien de Bertrand Delanoë, Maire de Paris. Elles remercient Pierre Schapira, Adjoint au Maire de Paris, chargé des relations internationales, des affaires européennes et de la francophonie, et Rémi Féraud, Maire du 10ème arrondissement, pour leur présence à la conférence de presse du vendredi 14 octobre à l'Hôtel de Ville.

 Au delà de ce soutien, les trois associations revendiquent une démarche indépendante des partis politiques (en France comme en Israël et en Palestine), des autorités religieuses, de toute subvention publique ou privée, de toute forme d'idéologie. Ce voyage a d'ailleurs été totalement financé sur les fonds propres des trois associations et de leurs adhérent-e-s.

La dernière version de présentation du voyage est téléchargeable en cliquant ici 

HOMONATIONALISME - communiqué de presse du 23 novembre 2011, pour une libération entre islamophobie et antisémitisme.

En savoir plus sur la polémique qui a suivi le voyage : "HM2F & Imaan, le pinkwashing divise" (en italien)

 * LGBT : Lesbienne, Gay, Bisexuel, Transexuel.

Les contacts des trois associations sont les suivants :

- Frank, porte-parole du Beit Haverim / 06 20 98 67 88 / porteparole@beit-haverim.com

- Elisabeth MASSET, présidente et Patrick SANGUINETTI, président et porte-parole de David & Jonathan / 06 73 60 98 04 / communication@davidetjonathan.com

- Ludovic Lotfi Mohamed ZAHED, fondateur et porte-parole / 06 59 91 90 12 / homomusulmans@gmail.com

REVUE DE PRESSE

Vous pouvez retrouver l’article consacré à notre invitation à la conférence de presse du 14 octobre à l’Hôtel de Ville de Paris

D’autres médias ont repris l’information : Yagg, France24 (uniquement en arabe ou en traduction google), La Vie (paragraphe "homosexuels chrétiens, juifs et musulmans en Terre Sainte"), Témoignage Chrétien (ci-dessous)... ainsi que l’Ambassade de France en Israël (nombreuses photos)

Les principaux blogs et portails : France QRD, e-llico (ici et ), Fugues (portail LGBT n°1 au Québec), Care2 (portail LGBT américain), SaphirNews (l’un des principaux portails musulmans d’actualités), Europe-Magreb (portail d’actualités), World Congress of GLBT Jews, Cool Israël (portail israélien francophone), la Chambre de commerce France Israël (ici, et encore ), Juif. org (portail francophone d’informations du monde juif et d’Israël), Harissa .com ("web juif tunisien"), les Actualités unitariennes, ...

LE  DOCUMENTAIRE  DU  VOYAGE  LGBT  ET  SPIRITUALITES  "SE  RENCONTRER",  EST  DISPONIBLE  SUR  DEMANDE:

homomusulmans@gmail.com

Le livre regroupant les photos du voyage :


                

                 Nous avons entrepris ce voyage de manière totalement indépendante, loin de toute forme d'idéologie politicienne. Loin d'avoir la solution au problème du conflit territorial dans la région, nous pensons que nous - qui sommes doublement discriminé-es, voir plus - sommes en mesure d'apprendre et de comprendre d'avantage au contact de ces populations à qui nous voulons simplement donner la parole. Nous ne pensons pas que le simple fait de parler de paix permettra au conflit d'être résolu ; nous avons la conviction profonde cependant qu'il nous faut garder l'espoir. 
                Nous sommes heureux  aujourd’hui d’être en mesure de vous faire un compte-rendu détaillé d’une démarche LGBT pour la paix, et pour la libération de toutes formes d’extrémismes ou d’homonationalismes, à laquelle nous avons dédié près de deux ans de préparation ; plutôt que de faire de beaux discours, confortablement assis dans nos chaises en Europe, nous avons voulu voir sur le terrain la réalité des faits, afin de déconstruire les préjugés, aussi bien du coté israélien que du coté palestinien. La délégation de HM2F comptait trois membres du collectif citoyen...

Du Cœur de l’Europe, à celui du désert jordanien


                Après notre départ de Paris le mardi 25 octobre 2011, nous - Sarah (pseudonyme) et Ludovic - arrivons à Budapest où nous faisons une escale de quelques heures ; Nouredine (pseudonyme), ainsi que le reste des membres de DJ et du Beit, nous rejoindront plus tard dans leur périple. Nous visitons notamment la grande synagogue de Pest, l'opéra, ainsi que le pont qui reliait autrefois cette partie là de la ville à sa cité sœur de Buda, occupée des siècles durant par les ottomans. Nous reprenons ensuite l'avion vers Tel Aviv, où nous atterrissons peu avant 3h du matin. Le passage à la douane israélienne se fait sans encombre pour Ludovic ; Sarah est interrogée près de deux heures durant par une femme douanière. Les douaniers finissent par nous remercier. Toutes les photos de Budapest, ici.

              

Toutes les photos de Budapest, ici.

Nous arrivons à la gare routière de Tel Aviv et prenons le bus de 6h du matin pour Eilat, en traversant le désert du Néguev, avant de passer la frontière et d'arriver dans le sud de la Jordanie, à Aqaba au bord de la mer rouge. Là, nous profitons d’une journée entière à récupérer dans un hôtel en bord de mer, au soleil. Ludovic dormira avant le coucher du soleil, sans manger ni faire ses deux dernières prières de la journée ; il se réveillera pour la prière de l'aube, après avoir récupéré de près de 48h de voyage sans dormir ou presque.

 

Le deuxième jour de notre voyage, dans le bus pour Wadi Rum - un minuscule bourg aux portes du grand désert de Sawwan à l’est - nous rencontrons une femme d’origine nord américaine et âgée de plus de quatre vingt cinq ans, Erga Rehns qui vit en Jordanie depuis 14 ans - dont 7 ans passés dans le désert où elle dit avoir vécue une « expérience mystique » formidable. Erga nous parle du monde qui « tourne mal », du système politique jordanien qui est resté fondamentalement « tribal », de la hiérarchisation de la société » au profit d’une élite politique - parfois associée aux religieux -, qui a remplacé le système colonial. Erga nous parle des femmes jordaniennes, qu’elle côtoie désormais au quotidien, qui ont pris l’habitude de courber l’échine et de ne pas se révolter contre l’ordre établi ; de la télévision qui déverse chez ces gens, peu éduqué-es, des images biaisées du « monde du dehors », nous dit-elle. 

Un guide touristique jordanien, d'origine palestinienne (Toutes les vidéos de Jordanie, ici).

     

Toutes les photos de Aqaba, ici. 

Erga semble bien connaitre la région ; elle est née en Palestine, avant les guerres qui ont secouées le monde arabe depuis lors. Lorsqu’elle est partie chercher son acte de naissance, les autorités israéliennes lui ont dit que « rien n'existe avant 1948 » ; alors, nous dit-elle, « je n'existe pas », avant de partir d'un grand rire sonore. Nous discutons des heures entières avec cette femme qui nous semble être véritablement une force de la nature. Elle nous parle justement de cet ouvrage intitulé « The female eunuch » de Germaine Greer, afin d’illustrer le fait que l’on a donné tant d’importance à la femme du fait de la procréation ; mais le problème étant qu'elle n'aurait, selon Erga, plus alors d'importance que du fait d'une sexualité qui devrait être entièrement dédiée à la perpétuation de l'espèce. Nous quittons Erga et Wadi Rum afin de passer vingt-quatre heures dans le désert.

Erga Rahns a passé 14 ans en Jordanie, dont 7 ans seule dans le désert (Toutes les vidéos de Jordanie, ici).

Cette nuit là, nous la passerons dans un camp du désert appartenant à la famille de Mohamed DayfaAllah dont les ancêtres, nous dit-il fièrement, sont des bédouins originaires du sud de la péninsule arabique - avant la création postcoloniale de l'actuelle Arabie saoudite. Il nous parle de la société jordanienne, des origines ashimites - descendant du Prophète , ayant émigré depuis l’actuelle Arabie Saoudite - du roi, descendant direct du Prophète Mahomet , et de ce qu'il considère comme « l'égalité homme/femme, au vue de l'islam et de la tradition arabe » - ce qui pour lui n'est pas la même chose.

Notre guide jordanien nous parle, au milieu du désert, de sa conception de la parité (toutes les vidéos de Jordanie, ici).

              

Après une excursion dans le superbe désert jordanien autour du mont Rum - le second plus haut mont de Jordanie -,  nous retournons au village de Wadi Rum où nous passons la nuit dans la famille de Mohamed, qui nous laisse le grand salon des invités. Le lendemain nous prenons le bus de 8h du matin pour Wadi Mussa et Petra, qui fête ses deux cent ans de redécouverte.

Toutes les photos de Petra, ici.

Le long des allées de cette ville antique, disposées en bas de profondes crevasses, nous passerons une journée extraordinaire ; nous arriverons par le bus de 12h a l'hôtel Valentine, sur les hauteurs de Wadi Moussa - la ville nouvelle construite à la fin du vingtième siècle par les autorités jordaniennes afin de loger décemment ceux qui habitaient, de générations en générations, la ville de Pétra. Cette après-midi là se déroulera comme dans un rêve : les couleurs incroyables des granites qui forment ces hautes montagnes, la porte des Nabatéens sculptée à même la roche, ces centaines de tombeaux et d'habitations troglodytes ! Dieu que la vie de ce peuple devait être belle ! Certains exégètes pensent que le Coran parle de ces peuples en ces termes : « Quand Salih, leur frère, leur dit : "Ne craindrez-vous pas [Allah]? " Je suis pour vous un messager digne de confiance. Craignez Allah donc et obéissez-moi. Je ne vous demande pas de salaire pour cela, mon salaire n'incombe qu'au Seigneur de l'univers. Vous laissera-t-on en sécurité dans votre présente condition? Au milieu de jardins, de sources, de cultures et de palmiers aux fruits digestes? Creusez-vous habilement des maisons dans les montagnes? Craignez Allah donc et obéissez-moi. N'obéissez pas à l'ordre des outranciers, qui sèment le désordre sur la terre et n'améliorent rien » (Coran : 26.142-152). Nous finirons notre visite peu après le coucher du soleil, avant de retourner vers l'hôtel pour une douche bien chaude, après trois jours de désert et de poussière. Nous profiterons d'un bon dîner à l'hôtel avant d'aller boire un café en ville (retour haut de page).

La route du Roi, en route vers Amman

Le lendemain matin, nous nous levons peu après l'heure de la prière de l'aube ; après la prière nous petit-déjeunons, entre deux fous rires, comme à notre habitude. A 7 h du matin nous prenons la « route du roi » en direction d'Amaan, en compagnie d'un couple d'anglais et de leur jeune fille de douze ans. Sur la route, nous visitons la forteresse imprenable de Shoubak, nous profitons du champ d'oiseaux endémiques en passant à travers la réserve naturelle ornithologique de Dana, nous dépassons bientôt Tafila ; c’est là que l'un des émissaires du Prophéte Mahomet , Al-Harith Ibn Humayr al-Azadi, fut décapité avant qu’il a pu accomplir sa mission. Un « incident » diplomatique qui fut, selon les habitants de la région, la raison principale de la guerre entre les armées islamiques et chrétiennes. Les guerres entre l’empire romain et l’empire arabe naissant, furent citées dans le Coran : « Les Romains ont été vaincus dans le pays voisin (de la Péninsule arabe), et après leur défaite ils seront les vainqueurs, dans quelques années » (Coran : 30.2-4).

                       

Toutes les photos de la route du Roi - Shoubak, Dana, Tafilah, Kerak, Madaba -, ici.

Nous passons à Kerak, devant la mosquée où est enterré Ja'far bin Abi-talib, cousin du Prophète , qui fut tué lors de cette bataille après qu'on lui a tranché les deux bras - selon la tradition orale - alors qu'il portait le drapeau de l'islam sur le champ de bataille. Après cela, nous visitons la fameuse citadelle depuis laquelle le français Renaud de Chatillon a tenu tête aux armées islamiques de Salah al-Din - Saladin -, peu avant la reconquête par les musulmans de Jérusalem ; une conquête durant laquelle aucun enfant, aucune femme, aucun homme ne fut massacrées après la chute des murailles de la ville. Après cela, nous prenons une heure pour nous baigner dans la mer morte, avant de visiter le Mont Nébo près de Madaba, où il est dit que Moise reçu la terre d'Israël en héritage pour son peuple ; depuis le mont Nébo l'on voit le Jourdan, la mer morte, ainsi que la frontière israélienne au loin. Nous finissons ensuite notre journée par la visite de l'église orthodoxe de Madaba ; cette ville où Moise, selon la tradition, fendit la roche pour offrir de l'eau aux tribus d'Israël : « Moïse demanda à Dieu de l'eau dans le désert pour désaltérer son peuple. Nous lui dîmes. Frappe le rocher de ton bâton. Tout d'un coup les eaux jaillirent et tous se désaltérèrent » (Coran : 2.57). Nous assistons à la messe célébrée à la mémoire d'une défunte de la communauté chrétienne orthodoxe locale.

A notre arrivée à Amaan, nous sommes émerveillés par la beauté de cette ville moderne, aux constructions en pierre de taille de granite, typique de la région. Nous sommes heureux de pouvoir parler arabe, sans être regardés de travers ; bien au contraire, ici les origines arabes vous offre l'accès a une réduction de cinquante pour cent sur la plupart des prestations. Il est bientôt 18h. Nous sommes affamés ; nous n'avons pas déjeuné et nous avons passé notre journée sur nos maigres réserves de nourriture - biscuits, fruits, fromage. Nous dinons au restaurant « al-Quds » - Jérusalem -, le meilleur de toute la ville nous dit-on. Le lendemain matin à 8h30, nous prenons la route du nord vers la cité romaine antique de Jerash, superbement conservée, avant de nous rendre à l'ambassade de Syrie pour obtenir des visas pour Damas. Malheureusement, nos visas israéliens nous refusent l'accès à Damas et à sa mythique mosquée des Omeyyades ; pourtant, aux vues des récents massacres en Syrie, il en vaut sans doute mieux ainsi. Nous prenons donc un taxi et passons notre soirée de café en café, à la recherche de cette vie LGBT nocturne dont les guides touristiques nous parlent. Nous apprécions particulièrement le « books café », situé sur la « rainbow street » ; nous confirmons le fait qu'il s'agit là de lieu de rencontre chics, souvent excentrés par rapport au centre d'Amaan, réservés à une élite jordanienne favorisée, occidentalisée ; alors que les autorités jordaniennes répriment toutes velléités d'émancipations des minorités LGBT, notamment en interdisant toute création d’association dédiée à l’avancée des droits humains LGBT.

                     

Toutes les photos de Jerash, ici.

Le mardi 1er novembre, nous apprenons par un sms - nous sommes coupé de l'actualité du monde - que la Palestine vient d'être reconnue par l'UNESCO ; la France a pris ses responsabilités ! Nous en sommes fiers et heureux ; qui plus est, la reconnaissance d'un état palestinien par la communauté internationale permettra inéluctablement, a long terme, l'émancipation des individus appartenant de fait à une minorité sexuelle LGBT. Car en effet, comment dialoguer sur ces questions de droits de l'être humain, avec un peuple qui ne dispose même pas d'un état, qui ne peut par moment, selon les aléas de la guerre incessante depuis 50 ans, subvenir à ses besoins élémentaires !? C’est en tout cas ce que nous confierons les gays et lesbiennes de Jordanie - où la grande majorité de la population est originaire de Palestine - que nous rencontrerons bientôt (retour haut de page).

Gays et lesbiennes de Jordanie

Nous sommes le mercredi 2 novembre 2011. Au matin, après un petit-déjeuner frugal, nous changeons d'hôtel afin de nous rapprocher du centre ville, maintenant que nous ressentons le besoins de prendre au moins une journée de « repos » à visiter la ville sans en sortir. Nous commençons notre visite par la mosquée du roi Abdallah II, située juste en face de l'église saint Patrick. Etant musulman, nous ne réglons pas les droits d'entrée ; nous ressentons la une paix intérieure très agréable après ces huit jours de déplacements incessants. Au souk de la mosquée ; Sarah veut acheter une sabha - chapelet -, qui lui est finalement offerte par le patron de la boutique. Peu avant midi, nous visitons la Citadelle sur les hauteurs d'Amaan, d'ou l'on a une vue imprenable sur toute la ville. Nous déjeunons rapidement et profitons d'une longue sieste : le sud jordanien et sont désert nous aurons épuisés ! Nous prenons ensuite quelques heures pour méditer à la mosquée - nous sommes contraints de prier séparément Sarah et moi-même, alors qu'aux premiers temps de l'islam femmes et hommes priaient ensemble (hadith en note bas de page). Nous réservons notre taxi pour rejoindre la frontière jordano-israélienne.

              

Toutes les photos d'Amaan, ici.

Ce soir-là, nous retournons au « books café », où nous sommes invitées par un couple d’ami-es gays et lesbiennes ; certaines portent le hidjab - le foulard islamique -, d'autres sont habillées à la mode occidentales. N. et S. (36 et 18 ans), sont lesbiennes et en couple, même si elles ne vivent pas ensemble : « Je suis entrée dans le coffee shop, j'étais très déprimée ; elle m’a regardé et je me suis dit que c'est elle que je voulais, et toute ma vie a change », nous dit N., la plus âgée des deux. A. (23ans) nous dit qu'il croit en la rencontre par hasard, il se cherche : « j'étais homophobe » ; il nous dit ne pas aimer se rendre sur certains sites sur internet qui sont trop « coquins » pour lui. Lorsque l'on parle des lois homophobes en Jordanie, ils nous confirment qu’il n’y en a pas - même si les agressions physiques ou verbales existent au quotidien - ; qu'il s'agit selon eux/elles d'un « endroit agréable a vivre » pour les gays et lesbiennes. Mais lorsque l’on creuse la question, ils nous disent que « bien entendu, s'ils t’attrapent dans la rue dans certaines actions »… Mais ces lois ne sont pas exclusivement homophobes, puisque la « sodomie » est interdite même pour les hétéros. A. (qui s'est dit bisexuel a ses amis deux ans après les avoir rencontrés) et S. nous disent avoir parlé du sujet de la religion et de l'homosexualité il y a quelques jours de cela : l'homosexualité est-elle interdite par l'islam ? L'amour entre deux individus de même sexe est-il moins valeureux que celui entre deux individus de sexes différents ? Pourquoi les pays arabes ont-ils la réputation d'être fondamentalement homophobes ? Se marier et faire des enfants simplement pour faire plaisir à la famille, en rendant malheureux les enfants et le/la conjoint-e a qui l'ont a menti, est-ce là ce que préconise l’islam ? L'homosexualité est-elle génétique ? Est-elle due à l'absence de l'un des parents ? Etc.  Ils ont beaucoup de questions que nous nous posons aussi en Europe, et ils en sont étonnés parce qu'ils pensent que tout est si parfait pour les gays et lesbiennes en France. Sarah Leur raconte qu'elle a connue un homme pendant 7 ans, avant d'accepter finalement son homosexualité. Pourtant, elle trouve très difficile de construire une relation durable dans le « milieu » LGBT à Paris.

Concernant les droits LGBT en Israël, ils pensent que c'est une bonne chose et certains aimeraient vivre dans un pays comme ça. Et lorsque nous leur disions que message de nos associations est de porter un message de paix et de dialogue, à l'avant garde car fondamentalement pour la paix et au delà de toutes formes de discriminations, ils nous disent que c'est une excellente initiative et nous encouragent. A. nous fait signe du pouce qu'il trouve ça génial, avec une expression faciale d'admiration. Ils insistent cependant fortement pour que nous ne citions pas leurs noms. Seul N. qui a 36 ans nous dit que sa famille, sait... Sans qu'ils en aient parlé ouvertement pour autant. « Bien sur », nous dit-elle, elle veut des enfants. Nous parlons alors du mariage avec Qiyyam, en Afrique du sud ; et ils nous disent qu'ils sont très optimistes car les peuples arabes sont comme tous les peuples du monde qui aspire à vivre en paix. Pourtant, A. nous parle d'un ami qu'il a connu qui fut envoyé en hôpital psychiatrique lorsque sa mère, très religieuse, a appris qu'il était gay ; il abandonna ses études, sa vie s'arrêta ; il avait 21 ans et elle l'a vue embrasser son petit ami. Mais en tout cas il est catégorique : avec la police ? « Aucun problème ». H., qui porte le hidjab, a perdu sa copine qui est décédée... Paix a son âme : « Très certainement, Nous vous éprouverons par un peu de peur, de faim et de diminution de biens, de personnes et de fruits. Et fais la bonne annonce aux endurants" "qui disent, quand un malheur les atteint: Certes Nous sommes à Allah, et c'est à Lui que nous retournerons » (Coran : 2.155-156). Concernant la fréquentation du milieu LGBT, ils sont catégoriques : ils n’assistent pas aux réunions de la « communauté », dont ils connaissent pas mal d'entre eux, car ils voudraient séparer les couples, draguer, vouloir des rapports sexuelles d’un soir ; ce sont là des propos qui peuvent être tenu par certain-es gays ou lesbiennes à Paris, qui préfèrent les soirées entre ami-es aux soirées en boite de nuit. C’est un choix comme un autre. Eux se sont rencontrés à l'université, et N. fut la première à leur en parler dès la première rencontre : « si vous ne m’acceptez pas, ne me parlez pas ». Ils nous parlent également d'un groupe d'échange constitué par un psychologue gay, à l'attention d'une « élite instruite » et LGBT... Encore une fois, l’élitisme réapparait dans notre conversation. Il ne fréquente pas non plus ces cercles là.

Nous leur posons une dernière question avant de les quitter : « Qu'est ce l'islam pour vous ? ». « C'est toute ma vie », nous livre H (30 ans, ingénieur) ; elle prie et jeûne, mais nous dit avoir un amour platonique pour les femmes, car « ce n'est pas aisé de s'accepter lorsque tu es comme ca ». Elle finit par se confier plus avant en disant pour la première fois devant ses ami-es réuni-es : « I love women » (j’aime les femmes). C'est la première fois qu'elle le dit à haute voix, alors qu'elle s'était présentée à nous - et à ses ami-es jusque là - comme « straight » (hétéro). Ses ami-es applaudisse cette confidence qu’ils attendaient depuis plusieurs années. Elle ne veut pas se marier ça c'est sur. Pourtant, elle ne sait toujours pas trop quoi penser de ses ami-es qui se définissent comme gay ou bi : « peut-être ont-ils raison, peut-être ont-ils tort ». Elle semble vraiment intriguée par le fait que mon mari et moi-même nous fassions confiance bien que nous soyons séparés ; N., par contre, nous dit ceci : « je suis juste née musulmane » ; elle aurait pu recevoir des traditions familiales juives ou chrétiennes et cela n'aurait rien changé ; Pour S. : « l'islam ne nous a pas donné le droit d'être ainsi » ; A. : « Je crois en certains éléments de l'islam, je ne crois pas en certains autres points dont je pense qu'il s'agit d'arrogance » ; il pense que les musulmans devrait apprendre d'autres religions. Il jeûne durant le mois de Ramadhan, mais peut aussi aller à l'église pour « se sentir en paix ». Il prie parfois, mais relativise le fait que certains croyants prient et jeûnent mais sont de mauvaises personnes. S'en suit une conversation très intéressante entre nos amis qui discutent de l'héritage commun entre toutes les religions et sur l'importance, ou pas, de la pratique et du dogme particulier. Jusque tard dans la nuit, nous discutions donc entre français d'origine nord africaine, Syrienne (S.), Jordanien de souche (A.), Palestinienne (H.), Iraquienne (N.). Puis nous finissons par quitter nos ami-es d’un soir et par nous en retourner à notre hôtel (retour haut de page).

Entre antisémitisme et sionisme, le dialogue est-il possible ?

Le lendemain matin, nous traversons la frontière par le pont du roi Hussein. Dans le bus qui nous transporte du check point jordanien au check point cisjordanien, nous rencontrons Raja Elle est d’origine palestinienne ; elle n'a pas vue sa famille depuis 15 ans - après avoir vécue au Koweït et être finalement venue en Jordanie. Elle nous dit avoir obtenue son visa, après de nombreuses tentatives et un bakchich conséquent. Elle nous parle de ses pèlerinages en Terres saintes : à la Mecque - alors que c'était un vendredi, 27ème jour du mois de Ramadhan, la nuit du destin, avec plus de 10 millions de pèlerins réuni-es alors ; puis à Médine, et enfin bientôt à Jérusalem en cette période exceptionnelle. Nous sommes en effet dans les plus bénis des jours de l'année, selon le calendrier musulman : ce sont les dix jours du Hadj, qui se clôtureront par l'aïd al-adha.

Ludovic lui parle de ses pèlerinages du Hadj, et du fait que pour lui ce voyage est une façon de clore son cycle de pèlerinage en Terres Saintes d'islam. Elle nous dit combien il est triste d'être séparée de sa famille qui habite de l'autre cote de la frontière, à quelques kilomètres de son domicile actuel. Son village d'origine, Beit Safafa, à 6 km de Jérusalem, a été coupé en deux par la guerre de 1948 ; une partie de sa famille vie en Israël avec des passeport arabe, et l'autre partie a un passeport jordanien et doit donc demander un visa afin de voyager entre les deux cotés du mûr. Nous passons le Jourdain - al-Urdoun - en minibus ; nous sommes désormais en dessous du niveau de la mer. C’est le niveau de la mer morte. Les bus de voyageurs résidents arabes - bondés en cette période de fête - sont fouillés de fond en comble ; notre minibus de touristes passe en priorité. De l'autre coté de la frontière, nous sommes accueilli-es par les tous jeunes soldats de l'armée israélienne, et par des porteurs de bagages qui sont tous, sans exceptions, arabes

Alors que du coté jordanien il n'y avait que des hommes, ici la garde au frontière est mixte. C'est Ludovic questionné cette fois-ci ; les douanières qui m’interrogent pendant 15 minutes sur les raisons de ma venue en Israël, pouffent de rire et me félicitent lorsqu’elles apprennent que je suis marié à mon partenaire sud africain. A 11h50, après une bonne demi-douzaine de contrôle divers et d'interrogatoires en tout genre, nous sommes en terre palestinienne ! Le minibus depuis la frontière nous dépose à Jérusalem est peu avant la prière de l'après-midi. A 12h27, nous sommes en vue du dôme du rocher ! Nous passons par la porte de Damas et nous pénétrons dans la vieille ville ; nous logeons à quelques dizaines de mètres de l’esplanade des mosquées, au pied du mont du Temple, à l’hôtel Golden Gate. En nous promenant dans la ville, nous sommes immédiatement stupéfaits de tant de styles architecturaux agences de manière si harmonieuse ! Nous avons un petit pincement au cœur d'avoir quitté ce si beau pays qu'est la Jordanie, même si nous sommes très heureux d'être enfin à Jérusalem. Une terre trois fois sainte, chantée dans la superbe chanson de Fairouz la libanaise... (retour haut de page).

Al-Quds, Terre trois fois sainte

Sarah prend un peu de repos a l'hôtel que nous avons eu du mal à trouver - certains tenanciers d'hôtel refusaient de nous louer une chambre car nous ne sommes pas mariées... Si seulement ils savaient ! Il est 15h45, à la porte de l'esplanade des mosquées, la sécurité israélienne demande à Ludovic de réciter la première des sourates du Coran ; si seulement eux aussi savaient l’interprétation fondamentaliste que certains font de ces versets… Puis, les palestiniens lui demandent de réciter le Coran. Ils lui posent ensuite quelques questions que seul un musulman pratiquant peu connaître. Une fois sur l’esplanade, il est saisi par la beauté incroyable et l'énergie positive qui le submerge en ces lieux. Il invoque le nom du Seigneur l’Eternel.


Il se concentre sur le recueillement et la lecture du Coran, sous le rocher, là où aurait eu lieu la ligature du fils d’Abraham. Ici les femmes et les hommes prient ensemble, comme a l'époque du Prophète , aux premiers temps de l'islam à la Mecque ; une époque où les femmes pouvaient être savantes et imams, avant l’instauration d’un dogme fondamentaliste par une élite politico-religieuse. C’est ce retour aux sources de l’islam que préconisent des femmes imams telle qu’Amina Wadud. Le Destin fait que j'en suis, au niveau de mes mouraja'at - révision du Coran - à la sourate de la fourmi, où Dieu nous compte l'histoire de David et de son fils Salomon, qui fut selon la tradition le bâtisseur du premier des temples d’Israël : « Nous avons fait don d'une part de Notre science à David et à Salomon, et ils dirent : « Louange à Dieu qui nous a favorisés par rapport à beaucoup de Ses fidèles serviteurs ! » Et quand Salomon hérita de David, il dit : « Ô hommes ! Nous avons été initiés au langage des oiseaux, sans compter tous les autres bienfaits dont nous avons été gratifiés. C'est là, en vérité, une insigne faveur ! » (Coran : 27.15-16).

Le lendemain matin, vendredi 4 novembre, nous petit-déjeunons avec, nous dit-on, l’un des descendants de l’émir Abdelkader. Après le petit-déjeuner, nous partons vers 10h30 à la mosquée du dôme, afin d'être assurés d'avoir une place à l'intérieur, en ces temps de fête religieuse. D'autant plus que le temps est humide et qu'il a plu toute la nuit ; nous avons même eut une coupure d'électricité hier soir. Nous nous sommes endormis à la lumière tamisée de la bougie. La mosquée du dôme d'or est entièrement réservée aux femmes ; Ludovic prie dans la grande mosquée d'al-Aqsa, qui se trouve en contrebas sur l'esplanade. Durant al-Khutbah - le sermon de la prière du vendredi - l'imam consacre la première partie de son sermon à rappeler les bienfaits du jeûne de la journée de ‘Arafat - demain, 9ème jour du mois lunaire de dhul-hidja, le mois du hadj -, qui efface les péchés, dit-il, de l'année précédente et de l'année à venir. Puis, la seconde partie de son sermon est consacrée à maudire la Grande-Bretagne qui a accordé, dit-il, au « peuple juif » la possibilité de créer un état, ici sur les terres palestiniennes. Il se félicite néanmoins de la reconnaissance de l'état de Palestine par l'UNESCO ; le peuple palestinien voyant ainsi son héritage culturel, dit-il, reconnu par tous les peuples de la Terre. Ces propos antisionistes, qui choqueraient en France, dénotent pourtant d’une liberté d’expression réelle en Israël. Pourtant, juste après le sermon, puis la prière, deux musulmans se lèvent et hurlent à l'imam - ya mufti - qu'il doit faire attention à ce qu'il dit ; que la libération du peuple palestinien ne viendra pas par le biais des instances internationales, mais par le biais de la lutte armée. La paix n'est sans doute pas pour demain, pourtant en Israël, comme en Palestine, des hommes et des femmes œuvrent à cette Paix à venir.

                 

Cette après-midi là, nous prenons le bus de 14h30 depuis la porte de Damas pour le centre ville de Bethlehem. Nous avons rendez-vous avec B. Dans le bus, un homme de prés de 80 ans n'est pas d'accord avec un autre d'une quarantaine d'année, qui prétend que beit lehem n'est pas un nom hébreu - helem signifierait « pain », littéralement la maison du pain - ; mais ce serait un nom phénicien très ancien - la Phénicie, l'actuelle Palestine. Voilà comment ma question sur l'origine de ce nom, ma curiosité ayant été stimulée par la prononciation si particulière de ce nom si beau, me montre qu'Ici, tout peut devenir rapidement une question de géopolitique ; pourtant, cela ne nous empêchera pas de continuer à poser des questions et à tenter de saisir la dynamique interconfessionnelles en Terre sainte, en particulier en ce qui concerne les individus appartenant de fait à une minorité sexuelle (retour haut de page).

Gay de Palestine, au sein de la ville du Christ

B. nous accueille comme convenu à la descente du bus. Il nous fait visiter l'église de la nativité, au cœur de la veille ville. Pui, nous prenons un café à l'auberge du coin. B. nous dit être un artiste, chanteur et danseur. Il a voyagé un peu partout en Europe mais pas encore en France ; il a 23 ans. « Tout ici est politique…  La politique prend tellement de notre temps qu'on en oubli nos propres problèmes ». Durant la visite, il nous avait raconté qu'en 2004 des militants palestiniens se sont cachés 39 jours dans l'église, et que 39 jours durant l'armée israélienne a entouré l'église de la nativité ; ils quittèrent les lieux après avoir tué 8 palestiniens, et blessé le sonneur de cloche de l'église : un moine arménien. Nous lui disons combien il est difficile de trouver le juste équilibre, pour nous musulmans de France, entre rester concentrés sur notre principal objet : parler et dialoguer en apprenant des gays palestiniens, sans sombrer dans les méandres de la politique. Il nous confie qu’ils sont confrontés eux aussi au même type de problématique, mais de manière inverse : « si maintenant nous parlions des gays, qui nous entendrait !? Il y a un tellement de plus grands problèmes ; ceux liés à l'occupation de la Palestine par l’état israélien. J'aimerais que nous ayons notre propre état afin que nous puissions nous occuper de cette problématique là » ; à savoir la problématique de l’homophobie culturelle et celle de certains religieux. Nous visitons ensemble l’église de la nativité, avant de nous asseoir au chaud dans un café pour discuter au calme.

              

Toutes les photos de Bethelem, ici.

S. nous confie que son père lui a demandé s'il était gay, il n'a pas menti. « Tu es connu dans la communauté », Bethlehem est une petite ville et la communauté chrétienne est très pieuse et encore plus petite. Et sa mère d’ajouter : « Certains hommes sont nés et aiment les hommes. Nous pensons que tu es dans ce cas là. Nous espérons que ce n'est pas le cas, mais nous voulons que tu sois honnête avec nous ». Ils savent qu'il ne se mariera pas, même si au début ils gardèrent un temps espoir. Ils connaissent son petit ami qu'ils adorent, « ils l'aiment plus que moi ». Il a 30 ans et a les mêmes problèmes avec sa famille. B. a 5 sœurs, mais aucunes ne sait pour lui ; disons qu'elles savent sans en parler. Elles ne l'acceptent pas, nous dit-il. Par exemple, lorsqu’elle voit un film ou l'on parle d'homosexualité, l’une d’elle lui dit : « a quoi bon !? ». Mais sa plus jeune sœur est plus « intellectuelle » et, a 20 ans, elle est bien plus ouverte et lui en parle souvent par le biais d’ouvrages ou de film qu’elle lui recommande et qui traitent du sujet de l’homosexualité. Il est difficile pour B. d’expliquer à sa famille ce qu’il vit. Son père : « puisque tu es gay, lorsque tu as des relations sexuelles passif ou actif... C'est mal... ». « Moi aussi si je t imagine avec maman au lit, je n’aimerais pas ca... Arrête simplement d'y penser », lui dit-il alors. Il aimerait que ses parents l’acceptent, même s'il n'y a pas de danger à proprement parler. Même s'ils continuent de lui parler du « crime » de Sodome et Gomorrhe, B. nous dit que sa foi en Dieu est au-delà de l’homophobie culturelle ambiante : « C’est Jésus que j’aime, pas l'ancien testament ». Selon lui, le nouveau testament est simplement à propos d'amour et de pardon. B. se dit plus spirituel que religieux pratiquant: « j’aime Jésus ; la chrétienté en soi c’est d’aimer Jésus », ce n'est pas tant le problème des textes. Beaucoup de religieux qui vont au temple tous les jours, selon lui, ne sont pas capables de tant d'amour pour leur prochain ; « ils se battent pour un bout de terre ! ». Jésus nous a dit « aimez vous les uns les autres », il n'a pas spécifié l'amour hétéro » ; sans compter qu'il aimait beaucoup Jean, qui était son plus proche apôtre ; le seul qui fut présent avec Marie sous la croix après la crucifixion.

B. nous dit qu’avec son petit ami c'est très difficile ; parfois ils restent deux mois sans s'embrasser - car tous deux vivent chez leurs parents - ; c'est très dur ! Son meilleur ami et lui sont restés des années a l'université ensemble avant d'oser se le dire... Encore une fois, il est très difficile d'être gay en Palestine, même si c'est possible : « je ne quitterais pas ma terre, j'aime ma communauté ! ». Son petit ami travaille dans le « tourisme alternatif » ; il montre aux touristes les conséquences de l’occupation israélienne sur la vie des palestiniens. Il n'y a pas de loi pour le moment en Palestine contre l'homosexualité ; pourtant plusieurs politiciens de l'AP (autorité palestinienne), nous dit-il, soient nient le problème « nous n'avons pas ce "problème" chez nous, nous en avons seulement 350 », auraient dit certains responsables palestiniens ; alors que c’est là le chiffre estimé de palestinien-nes, gays ou lesbiennes, qui émigreraient chaque année en Israël afin de s’y réfugier, selon certaines associations locales - telle que la Agudah, dont nous rencontrerons plus tard les responsables et qui est citée dans l’enquête de Tallie Ben Daniel sur l’homonationalisme de certains politiciens israéliens. B. et son ami ne veulent pas quitter leur pays, même parfois ils y songent. Ils veulent que les choses changent chez eux, doucement mais surement. Enfin, il me précise qu'il préfère les fêtes gays à Ramallah, plutôt que celles organisées en Israël ; nous respectons sont point de vue. Enfin, B. là nous parle de la communauté chrétienne de Bethlehem, assez éduquées et aisées, ou des musulmans riches de Ramallah qui ont les moyens. Mais qu'en est-il des villages et des petites villes éloignées des grands centres de populations ? « Nous ne savons rien d'eux ! Je pense que 75 pour cent des hommes sont bisexuels » ; ils se marient pour leur famille a 24 ou 25 ans et ne questionnent même pas leur famille sur leur choix ». Nous finissons par quitter B., après avoir passé plusieurs heures en sa compagnie. Nous l'embrassons d'une accolade sur la place centrale de Bethlehem, avant de rejoindre Jérusalem qui se trouve en territoire israélien, de l'autre cote du mûr ; de l'autre coté de la vallée sur la colline, se trouve l'une des nombreuses colonies israéliennes en territoire palestinien, qui grignote depuis plusieurs décennie cette terre comme une peau de chagrin (retour haut de page).

Droits humains LGBT et homonationalismes

Nous sommes le samedi 5 novembre. Nous partons à Ramallah où nous rencontrons à 14h30 N. Il est avocat ; il a conseillé, entre autre, un gay palestinien qui s’est réfugié quelques jours chez l’un des membres de HM2F, à Paris, après qu’il est fui son pays. N. nous dit qu'ici, même au sein de la communauté chrétienne, la culture est tout aussi oppressante pour les individus appartenant de fait à une minorité sexuelle LGBT. Il faisait partie d'une association, mais la plupart de ses ami-es ont eut tant de problèmes qu'ils ont du s'exiler en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, etc. Mais lui il aime vivre ici ; alors il garde désormais un profil discret, ne fréquente personne, ne sors pas en soirées. L'un de ses amis, aujourd’hui refugié en France depuis 3 ans, a dû s'enfuir après que la maison de famille fut attaquée à coup de pierre. Pourtant, aujourd’hui N. pense que les choses sont bien plus apaisées, car la population a pris l'habitude de les voir « marcher d'une certaine façon, se coiffer d'une certaine façon, porter leur sac sur l'épaule d'une certaine façon ». Seuls les fondamentalistes religieux sont encore ouvertement homophobes. Il est membre de l'association Al-Qaws - ce qui veut dire « arc-en-ciel » en arabe, le symbole de la diversité des genres et des orientations sexuelles -, basée à Jérusalem. Cette association a ouvert une branche à Ramallah, dans une maison louée par l'association, où ils organisent des réunions, des groupes de paroles, toujours en secret. Il y aurait à peu prés 25 membres d'al-Qaws à Ramallah. Mais désormais, il travaille a temps plein et, alors qu'il est l'un des membres fondateurs de cette branche d'al-Qaws a Ramallah, il pense que du fait que certains nouveaux membres d'al-Qaws à Rammallah sont de plus en plus ouvertement gay ou lesbienne, il y a un risque pour lui d'être découvert. Même si ici - contrairement à Tel Aviv, où il est de plus en plus difficile pour eux d’y aller du fait de l’édification du mûr - les fêtes sont totalement confidentielles. Ici la question du permis de passage en Israël est très sensible, nous dit N. ; ceux qui ont un permis sans raison évidente, sont considérés comme des espions à la solde d'Israël ; et, bien qu'il n'y ait aucune loi anti-gay a proprement parlé, ils peuvent être arrêté-es sous différents prétextes, nous dit-il ; tout comme les hétérosexuels aussi ne peuvent pas s'embrasser en public, par exemple, sous peine d’être accusés de troubler l’ordre public.

Nous visitons les ruelles bondées de Ramallah en compagnie de N. ; c’est une petite ville très dynamique et surpeuplée, ce qui permet de rester plus ou moins discret, de vivre ensemble en couple sans que les voisins s'intéressent à vous, selon N. De nombreux jeunes travailleurs viennent travailler à Ramallah et habitent avec d'autres jeunes gens sous le même toit ; même si lui ne peut le faire car, nous dit-il, il est natif de la ville et tout le monde le reconnaitrait, se demandant pourquoi il vit avec un garçon plutôt que de vivre avec sa famille en ville. Ce serait trop risqué. Il y a quelques années de cela, il y avait des « crimes d'honneur » et les pères qui tuaient leurs enfants en raison de leur homosexualité, obtenaient souvent une peine allégée, car justement il s'agissait d'un crime pour des raisons d'honneur. Pour lui, sa famille est au courant : « Ils m’ont traité comme un moins que rien », depuis lors. Certains de ses ami-es à l'époque - qu'il connut tou-tes sur internet ou par connaissance interposée - étaient battu par leur famille. Il y a quelques années lors d’un moment de répression plus fort qu’un autre, quelqu’un un jour appela son père et lui appris que son fils était gay, alors son père N. eut très peur pour lui et l'envoya aux Etats-Unis pour un mois. Lorsqu’il revint ici, tous ses ami-es étaient parti-es à l'étranger pour les mêmes raisons. Après cela, il rejoignit al-Qaws afin de créer la branche de Ramallah ; ce fut il y a trois ans de cela. Il connaissait ces ami-es depuis six ans. Aujourd’hui, pour des gens comme les responsables d'al-Qaws, il est très dangereux de venir même en toute discrétion pour des réunions en territoire palestinien, car, selon N. Comme son lui père lui-même le lui a dit un jour, ces gens là sont considéré-es comme étant une couverture ; voir on les soupçonne d'être des espions à la solde d’Israël, qui utiliserait les droits des minorités sexuelles comme un faire valoir. Il y aurait beaucoup à dire sur la politique d'Israël vis a vis des palestiniens. C’est le second interlocuteur en Palestine qui nous parle de cette problématique de l’homonationalisme israélien, à laquelle semble répondre désormais un homonationalisme palestinien, comme nous le verrons plus tard ; des homonationalismes - comme en Europe sous la pression de l’extrême droite ou de l’extrême gauche - évoluent semble-t-il ici sous la pression sans doute d’extrémistes sionistes d’un coté, et fondamentalistes musulmans de l’autre. En Israël et en Palestine, rien n’est simple et tout semble lié à la foi au politique et au religieux. Tous ces homonationalismes, En Europe, en Israël, en Palestine, ne servent pas les intérêts des individus appartenant de fait à une minorité sexuelle, ni la liberté d’expression ou à l’autodétermination ; ces homonationalismes semblent utiliser les droits humains LGBT comme un faire-valoir, voir pire, comme un moyen de pression politique  (…).

N. a aujourd’hui 28 ans ; il remercie du fond du cœur les leaders LGBT palestiniens, même s’il reconnait qu’ils sont souvent les instruments d’une faction politique ou d’un autre : « ils ne peuvent rien faire pour qui que ce soit, lorsque certains de mes ami-es furent attaquées... Ils ne purent que les aider à fuir à l'étranger ». Les gays et lesbiennes harcelé-es ne peuvent effectivement pas parler à la police ou a des responsables politiques, puisque tout est tabou en ce qui concerne l'homo-sexualité ici. Il n'y a pas de « safe house » ici, contrairement à celle qui existe en Israël - ouverte par une association israélienne que nous rencontrerons plus tard, Beit Dror, afin d’accueillir les jeunes chassé-es de chez eux en raison de leur homosexualité. Il nous parle aussi de l'association des femmes lesbiennes palestiniennes Aswat, que nous rencontrerons également plus tard, et dont nous avions accueillies l’ancienne leader l'année dernière à la conférence CALEM de 2010 à Paris (qui est organisée cette année par notre association soeur Merhaba, grâce à la coordination de HM2F et le mentorship de TIC et de l'imam Muhsinh Hendricks) ; Al-Qaws, Aswat et d’autres associations LGBT palestiniennes, se réunissent aussi dans la même maison ouverte par al-Qaws, toujours en secret. « Ici ce n'est pas du tout l'islam. Les problèmes viennent de la culture arabe, de la communauté. Il ne s'agit pas seulement des palestiniens ; c'est la culture arabe. Surtout en Palestine et en Jordanie, vous trouvez des chrétiens, et ils vivent les mêmes difficultés », nous dit N. Lui n'est pas très religieux de toute les façons ; il vit sa vie et ne rendra de compte qu'a Dieu, nous dit-il. Il sort aujourd’hui beaucoup en soirée le week-end ; Ramallah est une très belle ville nous dit-il, où l'on peut trouver des gens ouverts d'esprit qui, même s'ils venaient à apprendre qu'il est gay, n'y verraient aucun souci. « L'élite est plus ouverte d'esprit », nous dit-il, « parce qu'ils voyagent a l'étranger, ils voient des gays... Alors que les gens des villages ne voient rien de tout cela » (retour haut de page).

Les gays et lesbiennes de Rammallah

N. nous parle enfin de ces articles dans certaines revues palestiniennes qui encouragent les gays et lesbiennes palestinien-nes à venir en Israël pour les soirées, pour y vivre, profiter des plages en toute liberté, sans aucunes interdictions, en se tenant par la main dans la rue s'ils le veulent. « D'une certaines façon c'est vrai » ; mais « en même temps c'est très heurtant pour les palestiniens, car le contexte géopolitique est ce qu'il est. J'aime mon pays, c'est triste. Il ne s'agit pas là de religion ; il ne devrait pas s'agir de politique. Le problème vient de la culture ». Il nous dit qu'il s'est senti bien en France ou aux États-Unis, qu'il n'est pas un espion d'Israël, mais qu'il aime son pays. Il pense que les choses évolueront positivement dans l'avenir pour les LGBT, si les palestiniens obtiennent leur état ; car aujourd’hui déjà des gays et lesbiennes sont visibles et personne ne les menacent plus a Ramallah, alors qu'il y a trois ans c'était très dur. Donc les choses ne peuvent qu'aller mieux. Selon lui, la majorité des palestiniens veulent en finir avec le conflit, en finir avec l'occupation, et ils ont plus de démocratie que la plupart des pays arabes ; on peut critiquer ouvertement le pouvoir en place - du coté des territoires palestiniens en Cisjordanie -, même très durement, sans rien craindre. Les gens sont habitués à vivre librement. 

Pour sa part, il est volontaire dans une organisation pour la paix ; il fait pression sur les leaders politiques des deux cotés du mûr afin d'obtenir un accord de paix. Et il fait tout cela librement, sans subir de pression, contrairement a ce qui se passerait ailleurs, par exemple en Jordanie : « si vous ne faite ne serait-ce que penser à créer un parti politique, vous seriez vaporisé depuis nulle part » (« vanished from nowhere »). La classe moyenne existe ici et il n'y a pas, selon lui, d'écarts énormes entre l'élite et les pauvres du peuple ; les conditions sont réunies pour qu'un jour chacun puisse défendre ses droits contre forme de discrimination en Palestine. C’est là un point de vue très important ! Enfin, N. apprend que nous jeûnons à l’occasion de la journée de ‘Arafat, en solidarité avec nos frères et sœurs qui sont en pèlerinage à la Mecque, et comme le font certains de nos frères et sœurs de HM2F en France. Le soleil se couche sur l’horizon. N. nous invite à dîner avec lui dans un coquet petit restaurant mexicain prés du centre ville. Puis, peu après 21h, nous retournons sur Jérusalem, après avoir remercié chaleureusement N. pour sa contribution à notre compréhension meilleure de la situation hautement politisée des LGBT en Israël et en Palestine..

Le lendemain matin, dimanche 6 novembre 2011, nous nous levons avant l'aube afin d'accomplir a 6h30, avec des milliers d'autres musulman-es du monde entier venu-es à Jérusalem pour l'occasion, la prière de la fête de l'aid al-Kabir : dernier jour du mois du hadj. Durant la prière nous prions Dieu du fond du cœur ; nous luis confions nos peines du fait des tensions sous lesquelles nous nous trouvons en raison du fait que nous accomplissons ce voyage, en tant qu’homosexuel-les ET musulman-es ; comme pleurer Yacob le père de Yuseph : « Je pense plutôt que c'est un mauvais coup que vous avez monté vous-mêmes, et je n'ai plus qu'à me résigner et à pleurer auprès de Dieu afin de supporter ce que vous venez de me dire » (Coran : 12.18) ; nous pleurons à Dieu nos chagrins liés à ce message de Paix que nous tentons d'élaborer en Terre Sainte, juif, chrétiens et musulmans LGBT tou-tes uni-es ; un message de Paix qui en dérangent plus d'un-e a qui la Paix ne profite pas. Après la prière, Ludovic lis la sourate qui traite du pèlerinage : surat al-Hadj. Dieu nous y parle d'Abraham, de son fils, de leur foi inébranlable en la miséricorde de notre Seigneur et du bien fonde, inéluctablement, de ses projets et de son amour pour nous. Après cela il prie à haute voix deux raka'at - génuflexions - avec la sourate d’al-Ikhlas: « Dis : « C'est Lui, Dieu l'Unique, Dieu le Suprême Refuge, qui n'a jamais engendré et qui n'a pas été engendré, et que nul n'est en mesure d'égaler ! » ; c’est là l’unique sourate du Coran qui ne parle exclusivement que de Dieu et de sa grandeur. Il nous dira plus tard que c’est à ce moment précis qu’il eut l'impression de « murmurer à l'oreille de Dieu », qui fut alors tout à son écoute : de ma bouche a l'Oreille de Dieu. Il sera alors de nouveau apaisé ; il sait désormais ce qu'il faut qu’il fasse. Il doit s’en remettre totalement à la volonté de Dieu, sans douter un seul instant du bien fondé de ses projets et de son Amour pour nous tou-tes. Dieu est le plus grand : Allahou Akbar !  (retour haut de page).

LGBT de France à Jérusalem

Après la prière, Ludovic est rejoint devant l'entrée du dôme du rocher par Nouredine, le troisième participant de HM2F à ce voyage ; l’émotion qui les étreint est immense, elle submerge Ludovic (…). Après avoir été rejoint par Sarah, nous petit-déjeunons au soleil sur la terrasse d’un café de Jérusalem ouest ; puis, nous prenons le temps d'envoyer un peu d'argent au mari de Ludovic qui en a un besoin imprévu. Enfin, à 14h, nous sommes rejoins par le reste du groupe qui vient d'arriver depuis Paris. Nous sommes désormais prés de 50 LGBT de France, musulman-es, juifs-ves, chretien-nes, à fêter nos retrouvailles avant de commencer par la visite des lieux saints de Jérusalem.

       

Toutes les photos des monts de Jerusalem, ici.

A 8h du matin le lendemain, nous nous rendons en bus au mont Scopus, où fut construite la première université hébraïque de Jérusalem. De là, parce que Jérusalem se trouve sur la ligne de partage des eaux, nous voyons donc sur la gauche le désert de Judée et au loin la Jordanie ; sur la droite, c’est l'esplanade des mosquées au cœur de Jérusalem est. Nous arrivons au bout de la ligne de crête ; c’est le mont des oliviers où se trouve les églises de l'ascension - puisque selon la Bible Jésus aurait rejoint Dieu depuis un endroit inconnu de ce mont là. Nous descendons le mont des oliviers à pied, d'où nous avons une vue incroyablement belle sur l'esplanade des mosquées ; nous rejoignons ensuite la veille ville où nous pénétrons par la porte de la miséricorde. Nous remontons le long des 14 stations du chemin de croix - qui serpente à travers le vieux souk et ses petites échoppes. Nous visitons le saint sépulcre, puis le mûr occidental - appelé aussi « mûr des lamentations » par ceux qui ne sont pas juifs. Nous finissons notre visite de la vieille ville par l'esplanade des mosquées et par la visite d'al-Aqsa, qui est si chère au cœur des musulmans depuis les tout premiers jours de l'islam ; puisque c'était la première qiblah - direction vers laquelle les musulman-es se tournent afin de prier : « C'est ainsi que Nous avons fait de vous une communauté du juste milieu afin que vous soyez témoins parmi les hommes et que le Prophète vous soit témoin. Nous n'avions fixé la direction vers laquelle tu t'orientais initialement que pour distinguer ceux qui suivraient le Prophète de ceux qui se détourneraient de lui. Certes, le changement de direction fut une épreuve difficile, mais pas pour ceux que Dieu conduit dans le droit chemin. Et ce n'est pas Dieu qui vous ferait perdre votre foi, car Dieu est Plein de bonté et de compassion pour les hommes » (Coran : 2.143). Près de la Mecque, il est d’ailleurs possible de visiter l’une des seules mosquées au monde à posséder encore les deux mihrab - lieu où l’imam se place pour conduire la prière, face à la Mecque. Avant le coucher du soleil, Ludovic s’arrête une mosquée au-dessus du souk afin d'accomplir ses prières de la mi-journée et de la fin d'après-midi en même temps, comme il est d'usage lorsque l'on est en voyage ; puis il attend le coucher du soleil pour faire la prière du soir, en compagnie des commerçants du quartier qui le rejoignent après l’athan - l’appel à la prière. Il retourne ensuite vers les autres membres de notre groupe qui l’attendent à la porte de Jaffa. Nous passons cette fin d'après-midi à l’Open House de Jérusalem, où les associations LGBT, y compris l'association des arabes palestiniens LGBT vivant en Israël se rencontrent....

Toutes les vidéos concernant l'Open House de Jérusalem, ici

Loin de nous l’idée de dresser un tableau idyllique de la vie des gays en Israël ; les leaders de cette Open House nous confirment que, comme en France, le combat reste difficile et long avant l'égalité, surtout ici dans la capitale, très mixte ethniquement et religieusement, de l'état d'Israël ; ils précisent également que cette évolution ne sera pas automatique. Enfin, ils nous précisent que leur règle est clairement le respect du point de vue de tou-tes, et que si queqlu’un n’est pas d'accord, il peut le dire mais l'essentiel étant de maintenir le dialogue, coûte que coûte ! Pourtant, le recul du dialogue est à regretter, notamment avec les juifs orthodoxes et les palestiniens qui résident en Israël - qui refusent désormais d'avoir des activités avec les autres associations de l'Open House, qui respectent et dans une certaine mesure comprennent, leur position politique - c’est la raison pour laquelle la leader d’Al-Qaws annulera au dernier moment notre rencontre - c’est la seule personne, sur toutes celles que avons bien rencontré en Israël, en Palestine, en Cisjordanie, qui agira de la sorte ; subissant sans doute des pressions politiques trop fortes, puisqu’elle-même est souvent accusée - menacée - en raison du fait qu’on l’accuse d’être manipulée à des fins sionistes - les politiciens agissent trsè vraissemblablement ainsi afin de reléguer la cause LGBT au second plan ; c’est là le visage d’un homonationalisme palestinien, que nous découvrons au fil de notre voyage, instrumentalisé par des fondamentalistes musulmans - certaines associations LGBT du Moyen-Orient sont contraintes, disent-elles, de travailler avec des partis extrémistes comme le HezboAllah ! - ; tout comme les homonationalistes instrumentalisent la cause gay en Europe, à des fins idéologiques, en utilisant la cause de réfugiés LGBT, cela afin, nous le pensons, de ne présenter en France que le visage « d’homomusulman-es » en rupture avec un islam qui ne peut, selon ces homonationalistes européens, qu’être essentiellement misogyne et homophobe. C’est là une attitude « nationaliste », « raciste » et « islamophobe » que des intellectuels - telle que la « papesse du queer », Judith Butler - ont dénoncé avant nous...

Quoiqu’il en soit, après le diner à l’hôtel, nous rencontrons les membres de l’association des gays religieux israéliens, Havruta, qui se réunissent - tout comme à HM2F - essentiellement afin de discuter ensemble de la façon de gérer leur rapport à la culture et à la religion, en l'occurrence au judaïsme. Il nous dit que la route reste longue, mais désormais ils sont visibles et lorsqu’ils rencontrent les rabbins des yeshivahs, un peu partout dans le pays, ils parlent de leurs histoires personnelles et même si la plupart des religieux pensent qu'ils viennent d'un autre monde, au moins aujourd'hui, comme pour HM2F, plus personne ne doute du fait que l'on puisse être homosexuel-les tout en ayant des convictions religieuses. Nous passerons tou-tes ensemble, juifs, musulmans et chrétiens, une soirée mémorables en compagnie de nos frères et sœurs de Jérusalem (retour haut de page).

Arabes d’Israël ou palestiniens de citoyenneté israélienne ?

Le mardi 8 novembre 2011, à 8h30 nous partons pour le village d'Abu Gosh - citée dans la bible comme le lieu où Jésus est réapparu au moment de « l'Emmaüs » ; c’est également le village où les arabes palestiniens se sont refugié-es au moment de l'invasion d'Israël durant la guerre, grâce entre autre à la protection du gouvernement français. Nous rencontrons le père Bénédictin, Olivier, à l’abbaye du village d'Abu Gosh, ainsi que le docteur es islam, que nous appelerons Mohamed, responsable des programmes éducationnels et culturels d'Abu Gosh. Il nous dit combien il est heureux de rencontrer notre délégation, qui porte un message de paix « unique » ; il nous dit aussi qu'il est possible de vivre ensemble en paix, même parfois durant les moments de conflit. Il nous dit pourquoi les arabes palestiniens d’Israël se trouvent pris entre leur nationalité israélienne et leur appartenance au peuple arabe. Il insiste enfin sur les deux aspects du problème des palestiniens : les citoyens d'Israël qui, ici, luttent démocratiquement pour leurs droits, et les palestiniens sous l'occupation israélienne qui doivent obtenir le droit de prendre en main leur avenir au sein d'un état de Palestine indépendante.

 

Toutes les vidéos d'Abu Gosh, ici.

              

Toutes les photos d'Abu Gosh, ici.

Le frère Olivier - surnommé « Zeitoun », en arabe cela veut dire « olive » - nous parle du travail interconfessionnel, des « murs qui tombent » et du fait que « nous n'avons pas le droit de baisser les bras », malgré toutes les difficultés ! Puis en début d'après-midi nous rencontrons le député israélien, Nitzan Horowitz. Il a été journaliste, correspondant durant 6 ans à Paris pour le quotidien Haaretz, aujourd’hui membre de l'opposition au gouvernement de Netanyahou : le parti de gauche appelé Meretz. Nous le rencontrons sur son lieu de travail à la Knesset - l'assemblée nationale israélienne (toutes vidéos sont interdites) -, où il nous parle du fait que, malgré les difficultés, il a été le premier député de la Knesset élu en étant ouvertement gay. Il dénonce le gouvernement de droite dur ; un gouvernement constitué grâce aux ultra-orthodoxes israéliens, qui parlent « d'égalité des droits » pour tous-tes, en théorie, mais qui en réalité bloquent le parlement. Il nous parle de la tragédie de « deux pays » : l'un très libéral en apparence, et l'autre dramatiquement conservateur. Il nous parle également de son combat, au sein de son groupe politique, pour la laïcité et pour la séparation entre le religieux et le politique. Il nous parle par exemple du fait que l'actuel gouvernement tente parfois de l'utiliser, surtout à l'étranger, pour qu'il serve de vitrine, d'alibi pour Israël ; afin qu'il dise qu'ici tout se passe bien ; en principe il refuse toujours de partir « représenter Israël comme un paradis sur terre » ; il nous dit qu'il y a des problèmes et qu'il faut en parler, notamment en ce qui concerne les minorités - palestiniens, femmes, LGBT, immigré-es, etc. En ce qui concerne l'homonationalisme, « la situation est complexe » nous dit-il ; il considère qu’Israël est un « pays sympathique », mais qu'il ne faut pas être instrumentalisé, qu'il faut « dire la vérité » et, en l'occurrence, que ce gouvernement n'est pas « sympathique », contrairement a ce qu'il veut faire croire. Il critique encore une fois les ultraconservateurs musulmans et juifs, pour qui cette question du respect de la diversité sexuelle et de l’orientation de genre est tout simplement « tabou » ; et, lorsqu’on lui pose la question de savoir si cela est bloqué a jamais, notamment en Palestine, il est catégorique : « si, si, si, si, si, ils ne sont pas bloqués... Mais il faut mettre la pression ». C'est exactement la stratégie de HM2F et de ses partenaires que de militer pour la défense des droits des minorités sexuelles musulmanes en France, et partout ou l'islam porte sa voix, sans être instrumentalisé ni transiger avec quelque idéologie que ce soit, à visage découvert, en collaborant avec nos associations sœurs d’Europe et d’ailleurs ; et, nous l’espérons un jour, y compris au sein d'une Palestine libre, indépendante, qui prendra son avenir en main loin de toute forme d'extrémismes ou d'idéologies sectaires ; nous voulons y croire. Enfin, pour détendre l'atmosphère, nous rions beaucoup tou-tes ensemble de la polémique aujourd’hui au sujet de l'aparté entre Barak Obama et Nicolas Sarkozy qui a été intercepté par un journaliste futé.

En milieu d'après-midi, vers 15h30, nous commençons notre visite du mémorial de la Shoa, Yad Vashem ; un mémorial que les musulman-es de notre groupe ont insisté pour le visiter, afin de rendre hommage aux millions de morts juifs de la guerre mondiale. Ludovic prend quelques minutes afin de faire ses ablutions - aux cotés d'un chauffeur de bus palestinien d'Israël -, avant de faire ses prières de la mi-journée dans le jardin du mémorial. Notre guide Renée Goutmann nous rappel qu'en rien « ces atrocités ne peuvent justifier les comportements des gouvernements israéliens d'aujourd’hui » ; ce mémorial est dédié avant tout à mettre « un visage » sur ces 6 millions de juifs-ves - hommes, femmes, enfants -, exterminés durant la guerre. Avant de quitter le mémorial Yad Vashem, notre groupe observe une minute de silence, mains dans les mains, en mémoire des victimes de toutes formes de discriminations. Puis, en fin de journée, nous finissons par rencontrer après le coucher du soleil le représentant du consul de France a Jérusalem, en charge des relations culturelles avec l'autorité palestinienne ; il nous rappel que la France a voté l'inclusion de la Palestine a l'UNESCO car selon la France, et selon les rapports des instances internationales, les territoires palestiniens aujourd’hui occupés, sont prêts désormais à devenir un pays indépendant, en paix. Concernant Gaza, malheureusement les diplomates nous confirment que même eux ne peuvent pénétrer dans ce qui est devenue une prison à ciel ouvert ; et le représentant du consul de France à Jérusalem d'insister sur le fait que tant que « l'occupation israélienne ne cessera pas », les palestiniens ne pourront prendre en main leur avenir. Car même si la Palestine a été reconnue à l'UNESCO, la route reste encore longue, selon le consulat de France à Jérusalem, avant la reconnaissance d'un état Palestinien véritablement indépendant.

Toutes les vidéos concernant le consulat de France et la Palestine, ici.

Toutes les photos concernant le consulat de France à Jérusalem, ici.

Le soir même, avant de se coucher, certains de notre groupe rencontre des parents d'enfants homosexuel, d'origine israélienne ou palestinienne ; comme en France, ici aussi il y a plus de dix fois plus de suicide chez les jeunes adolescent-es homosexuel-les, et c'est une tragédie que les parents peuvent contribuer d'éviter, en acceptant le genre et l'orientation sexuelle de leur enfant (retour haut de page).

Palestine libre, pour de meilleurs droits humains LGBT

Nous sommes le mercredi 9 novembre 2011 ; nous nous sommes tout trois - les musulman-es du groupe - levé-es à 3h40 du matin afin d'assister, pour la prière d'avant l'aube, une dernière fois dans la mosquée d'al-Aqsa, avant de quitter Jérusalem. Puis, nous partons avec notre bus de groupe un peu après 7h ; dans le bus, l'ambiance est au beau fixe ! Celui qui arrive en dernier, Nouredine, obtient un gage que nous lui crions tou-tes en riant et en frappant dans nos mains. Cette fraternité fait chaud au cœur .

Nous quittons Jérusalem sans passer par un check-point, puisque seules les villes à forte population musulmane ont été confies à l'autorité palestinienne ; le reste des territoires palestiniens est entièrement occupé par l'état d'Israël. Nous n'oublions pas pour autant la difficulté de la situation politique de la région ; notre guide Renée accroche une carte d'Israël et de la future Palestine libre à l'avant du bus. Elle nous indique que nous passons prêt de la colonie de Ma'ale Adumim, qui est a l'est de Jérusalem, et qui devrait être rattachée à Israël un jour, alors que d'autres territoires pourraient être donnés aux palestiniens en échange. Au loin a l'horizon, c'est la Jordanie ; nous traversons le désert de Judée, peuplé aujourd'hui encore de nomades qui pour beaucoup d'entre eux vivent encore sous la tente. Nous passons prés de la tombe de Nabi Mussa - Moise étant enterré là selon la tradition musulmane -, qui fut depuis longtemps un haut du mysticisme soufi. Nous dépassons Jéricho, la plus ancienne - dit-on - et plus basse ville du monde ; nous sommes désormais dans la vallée du Jourdain - que Sarah et Ludovic ont déjà traversés dans le sens inverse, en revenant de notre périple en Jordanie. Nous sommes au niveau de la mer morte, à 400m en dessous du niveau de la mer, à prés de 1200m plus bas que Jérusalem. Nous passons devant Koumran, où furent découvert les fameux « manuscrits de la mer morte ». Puis, nous prenons la route du sud le long de la mer morte, vers Ein Gedi - une oasis au bord de la mer morte -, ou nous passons quelques heures de détente, avant de remonter vers Jérusalem, puis vers Bethlehem.

          

Toutes les photos concernant Ein Geidi, ici.

Notre groupe visite l'église de la nativité et nous rencontrons également, au centre pour la paix, le professeur Bernard Sabellah de l'université de Bethlehem, membre élu du conseil palestinien, qui participe par le biais de son organisation à l'entretien de trois cliniques à Gaza. Il nous explique pourquoi, selon lui, il n'y aura pas de solution politique ni un état palestinien viable à long terme, tant que l’actuel gouvernement israélien - qui a « toutes les cartes en main » nous dit-il - ne ce décide pas à faire évoluer la situation. Pour autant, il nous précise que le futur état de Palestine devra être respectueux des droits fondamentaux de l'être humain, notamment en ce qui concerne la liberté de culte, car la future Palestine ne sera pas un état islamique : « nous n'avons pas de problème comme au Pakistan... Il y a une vie d'acceptante mutuelle... Il y a entre chrétien, musulman, juifs, une compréhension mutuelle... Un modus vivendi », notamment grâce au « conseil des religions en Terre Sainte » pour le dialogue interreligieux, afin que chacun-e, quel que soit sa confession ou pas, soit un citoyen à part entière au sein, nous dit-il, d'un état palestinien laïc. Il nous parle aussi des droits des femmes en Palestine, ou prés de 60 pour cent des etudiant-es par exemple sont des femmes ; alors que seulement 15 ou 16 pour cent des femmes travaillent. Ce qui veut dire, selon lui, que l'économie palestinienne est encore étroite, entièrement dépendante de l'économie israélienne, dans un pays où les hommes sont embauchés préférentiellement aux femmes. Encore une fois, nous en revenons au développement économique ; pour les femmes, selon le professeur Sabelleh, comme pour les minorités sexuelles, comme nous l'avons vu plus avant lors de notre séjour, l'émancipation des individus et le respect des droits de l'être humain dépendent, aussi, du développement d'une économie indépendante au sein d'une Palestine indépendante. Il insiste enfin sur le fait qu'on ne peut, pour le bien de nos enfants, envisager de « lutter pour l'éternité » contre nos voisins - comme l'affirment certains partis politiques fondamentalistes dans la région - ; il faut faire la paix. Et, concernant le droit des minorités sexuelles, il nous confirme la aussi, comme nous l'avions déjà entendu a Ramallah ou ailleurs en Palestine, que la liberté individuelle existe : « ce n'est pas la police qui va venir le chercher » ; mais pourtant la culture du pays, la pression familiale, ne laisse d'autre choix souvent aux gays et lesbiennes que de quitter la Palestine.

             

Toutes les photos concernant Bethelem, ici.

Peu avant la fin de la journée, nous reprenons la route vers Jérusalem afin de rejoindre Ramallah. C'est en effet le chemin le plus court ; autrement il nous faudrait prendre les petites routes de campagnes et cela nous aurait pris une éternité, en raison du découpage sécuritaire du territoire palestinien qu'impose l'état d'Israël en Palestine. Nous rendons visite aux responsables du centre culturel franco-allemand de Ramallah, sponsorisé par la chaine télévisuelle franco-allemande Arte, qui nous parlent de ce rêve fou d'une paix entre la France et l'Allemagne au lendemain de la seconde guerre mondiale. Nous visitons également, à l'étage du centre, la bibliothèque Robert Schuman, éponyme de ce visionnaire entre deux pays qui, à l'époque, se disputaient les territoires de l'Alsace et de la Lorraine des années durant. En fin de journée nous reprenons la route pour Tel Aviv, ou nous arrivons à 20h30. Nous dinons ; notre chauffeur Ashraf - « le défenseur de l'honneur le plus pur », en arabe - est extenué après une journée épuisante pour lui, dans les embouteillages et entre deux check point. En arrivant enfin a l'hôtel, certains font leurs prières du soir, tandis que Nouredine se rend au théâtre de Tel Aviv afin d'assister à la représentation du Lac des Cygnes. Puis nous dormons tous du sommeil du juste jusqu’à 7h le lendemain matin (retour haut de page). 

La « bulle » LGBT de Tel Aviv

Nous commençons par visiter le quartier de Neve Tsedek : le premier quartier construit au nord de Jaffa - la ville palestinienne. C'est dans ce quartier que se trouve l'abri pour jeune homosexuel-les mineur-es, le Beit Dror - « la maison de la liberté ». C’est l'une des deux maisons d'accueil pour les mineurs, depuis dix crée par une femme lesbienne, conseillère municipale. Ici il n'y a que 9 lits et c'est le seul abri de ce type en Israël. La moitié de ces adolescents sont des transgenres, qui ont le droit de rester ici pour 6 mois. Cette organisation est le pendant de notre association en France, Le Refuge, qui accueil aussi les jeunes homosexuel-les que les parents ont rejeté-es en raison de leur orientation de genre. Ici, ils accueillent des adolescents de toutes les confessions ; parfois même des palestiniens d'Israël, originaires de village qui ne parlent même pas hébreu, amenés parfois par leur famille, leur grand-mère, pour éviter qu'ils/elles continuent d'être menacé-es voir plus, violente-es physiquement. L’une des mères de l'un des adolescents accueillis leur a même dit une fois « quel est le problème d'être gay !? Même Kadhafi a un fils gay », leur a-t-elle dit. Ils nous disent que le problème est le même avec les palestiniens conservateurs et les juifs orthodoxes ; la plupart des jeunes ne pouvant faire une croix sur leur famille afin de vivre seuls en Israël - car il est difficile de vivre en tant qu'arabe en Israël, c'est une double discrimination que certains choisissent de surmonter en changeant de nom -, alors la plupart décident de se marier et de vivre leur homosexualité en parallèle de leur vie de famille, en secret. Rappelons que, d’après plusieurs des palestiniens gays que nous avons rencontré, la création d'un état palestinien indépendant leur parait être la façon la meilleure de permettre aux palestiniens de faire évoluer les mentalités sur ses questions là ; et cela même si la guerre permet à certains politiciens de faire oublier le respect des droits des minorités. Enfin, concernant la spiritualité de ces adolescents, la grande majorité des adolescents juifs ou arabes qui ont été accueilli-es ici ont rejeté leur religion car ils/elles pensaient qu'il y a avait là une contradiction entre les deux ; bien que certains, avec le soutien des psychologues de l'association, ont été en mesure de comprendre qu'ils étaient aussi humain-es que n'importe qui et donc, qu'ils pouvaient être « l'un e t l’autre » - croyant et homosexuel - et non pas « l'un ou l'autre », nous disent les responsables du centre. Sur leur flyer il est inscrit en hébreu : « la maison de la liberté, la liberté de choisir ».

 

Toutes les vidéos concernant Beit Dror à Tel Aviv, ici.

Toutes les photos concernant Beit Dror et Tel Aviv, ici.

Après avoir adressé un au revoir chaleureux à tous les membres de Beit Dror, nous allons ensuite déjeuner a Jaffa. Puis, en début d’après-midi, nous rencontrons son excellence l'ambassadeur de France en Israël, a l'institut de France de Tel Aviv, qui nous félicite de nous être rendu en Israël et en Palestine, afin de nous rendre compte sur le terrain que la réalité est plus complexe qu'il n'y paraît, et qu'il faut nous faire nous-mêmes notre avis sur la question de la diversité sexuelle et de l'orientation des genres. Il nous parle, loin de tout angélisme, de la « bulle de Tel Aviv » qui présente une grande liberté par rapport au reste du pays et au reste de la région en générale. Je lui parle personnellement de « l'homonationalisme » et de la récupération, d'une façon ou d'une autre, par un camp ou par un autre, de la cause des droits des minorités sexuelles a des fins politiques, en France, en Europe, en Palestine ou en Israël ; une instrumentalisation de nos combats pour les droits humains LGBT que le collectif citoyen des homosexuel-les musulman-es de France condamnent sans concession, même si nous saluons sans réserve l'avancées des droits des minorités sexuelles en Israël ces dernières années. Ludovic, porte-parole de HM2F, précise également que le « dialogue a un prix », et que notre collectif citoyen est prêt à payer le prix de la paix. Enfin, le jeune Yamine de l'association des gays juifs religieux, nous rappel que la paix cela commence chez nous.



Après l'institut de France, nous visitons le centre LGBT de Tel Aviv, Gan Meir : une grande maison LGBT au cœur de Tel Aviv, financée par la municipalité, où les responsables nous font visiter les lieux et nous présentent les nombreuses activités et groupes de soutien. Le groupe de soutien aux jeunes nous rappel, là encore, que les arabes, les éthiopiens, les russes israéliens, sont les groupes ethniques les plus difficiles à atteindre ; de plus, comme en France, les hommes sont plus présents au sein du milieu LGBT que les femmes. Même si nous rencontrons également l'organisation des lesbiennes juives et religieuses, qui chacune pensaient être « seule au monde » ; aujourd’hui les femmes de l'association Bat Kol sont plus de 300, au sein d'une association entièrement dirigée par des femmes, de manière « non hiérarchique » - au sens traditionnel du terme, nous disent-elles. Ces femmes travaillent à un judaïsme « inclusive » et basé sur la « compassion », en tentant de trouver une représentation du judaïsme qui soit « fonctionnelle », par rapport au problème d’identité et à la souffrance. La représentante de Bat Kol ajoute pour conclure que leur association a vue la naissance d'enfant nés au sein de couples homos ou hétérosexuels - où par exemple la femme se sait lesbienne mais ne veut pas quitter son milieu social ultra-orthodoxe. C'est pourquoi elle pense, d'ailleurs, que l'initiative du rabbin Areleh Harel, lorsqu’il organise des mariages entre gays et lesbiennes, n'a pas forcement tort... C’est une position qui en étonne plus d’un dans l’assistance. Enfin, ils nous précisent qu'il y a certains quartiers hors de la « bulle » du centre ville de Tel Aviv, où ils ne marcheraient pas mains dans la main avec leurs partenaires ; c'est une question que l'on se pose d'autant plus depuis l'assassinat des deux jeunes homosexuels en 2009 ; comme quoi les choses avançent dans la région, mais pas aussi vite qu’on le voudrais et pas de manière uniforme sur l’ensemble des différents territoires. Puis, nous dinons au café du centre LGBT, avant de rejoindre notre hôtel. Certains sortent faire la fête à Tel Aviv, entre gays ou entre lesbiennes ; Ludovic dort encore une fois du sommeil du juste (retour haut de page).

Femme lesbienne de Palestine

Le lendemain matin, au deuxième étage de notre hôtel dans une petite salle, nous sommes une trentaine à avoir ressenti le besoin de nous réunir afin de partager un temps de spiritualité plurielles ; Ludovic lit en arabe la Fatiha - première sourate du Coran - ; Philippe du Beit Haverim lit en hébreu le Chema Israël - tiré du Deutéronome - ; puis nous nous levons tou-tes afin de réciter, main dans la main, le notre Père en français - la prière enseigné par Jésus lui-même à ses apôtres, selon la tradition. Nous respectons une minute de silence, en nous laissant imprégner de toute cette énergie formidablement positive et de ces sentiments de fraternité qui nous étreignent ; plusieurs d'entre nous ont les larmes aux yeux. Nous quittons ensuite l’hôtel en compagnie du reste du groupe. Ce matin là nous visitons les quartiers aux maisons de style Bauhaus, qui valurent à Tel Aviv d'être inscrite au patrimoine de l'humanité par l'UNESCO. Nous visitons également la place Yitzhak Rabin - anciennement nommée place des rois d'Israël -, qui n'était pas un modéré, et qui disait à ses soldats de briser les membres des palestiniens durant la guerre. Il fut pourtant assassiné après les accords de principe de paix d'Oslo, par un ultra-orthodoxe sioniste, opposé à la paix avec les arabes. Et Franck, porte-parole du Beit Haverim, nous rappel qu’Anouar al-Sadat, ou même le grand-père de l'actuel roi de Jordanie, ont également été assassiné, parfois à l'entrée de la mosquée al-Aqsa, car certains extrémistes les trouvaient trop modérés, voir ambitieux (…). Les hommes pour la paix sont assassinés ici par ceux qui, dans leur propre camp, ne veulent pas de la paix. De notre point de vue plus modeste, il est vrai que de savoir s'il faut boycotter Israël ou venir ici afin de voir sur place la façon dont les palestiniens, notamment, vivent au quotidien, c’est une vraie question... Au sein de notre collectif citoyen, HM2F, nous avons fait notre choix, en espérant apprendre de ce conflit tout en contribuant à faire avancer les choses ; et de fait on a jamais autant parlé de la vie des LGBT dans la région, depuis la France. Nous condamnons toute forme de discrimination comme nous l'avons toujours fait inch'Allah, nous ne condamnons homonationalism chaque: celle utilisée par certains sionistes pour justifier l'occupation des territoires palestiniens; celle utilisée par certains fondamentalistes musulmans - comme le Hezbollah - pour forcer organisation LGBT d'adopter leurs stratégies politiques panarabiste; celui utilisé par le français - et les Européens - d'ostraciser les musulmans LGBT.

Nous visitons ensuite le souk du centre ville, avant de répondre ensuite a l'invitation de la seconde maison LGBT de Tel Aviv, la Agudah, où nous rencontrons plusieurs leaders associatifs, juifs ou musulmans, dont Samira qui fait partie de l'association Aswat ; elle nous dit que la paix sera une chance pour tou-tes les citoyen-nes israéliens, en particulier les femmes et les individus appartenant de fait à une minorité LGBT. Puisque selon elle les gouvernements utilisent souvent le conflit et les problèmes sécuritaires- elle décrit la société israélienne comme encore très « militarisée et sioniste », alors que d'autres israéliens de confession juive l'ont décrit comme "fragile" et craignant pour sa survie  -, pour éviter d'avoir à gérer les problèmes sociaux. Elle nous parle aussi du fait que la plupart de ses amies palestiniennes ou israéliennes sont ouvertement lesbiennes auprès de leur famille ; elle a même témoignée à visage découvert pour un documentaire sur une chaine de grande écoute en Israël ; c'est dur, pourtant c'est possible d’être gay ou lesbienne ET palestinien-ne ! Nous rencontrons également des gays arabes musulmans de Haïfa et de Hébron, qui veulent absolument garder l'anonymat, et qui nous parle de l'impossibilité, selon eux, de s'assumer en tant que gays musulmans dans une petite ville de province Palestinienne en Israël, ou en Palestine - où parfois l'autorité palestinienne recommande même certains homosexuels qui sont menacés afin qu'ils soient accueillis en Israël, nous disent-ils. Nous rencontrons également Anat Solomon, responsable des questions lesbiennes à la Agudah. Enfin, nous rencontrons Shaul Ganon qui est en charge de l'accueil des LGBT palestinien-nes. Puis, de retour à l'hôtel, nos frères et sœurs du Beit Haverim célèbre le Shabbat, en ce vendredi soir, avant que nous ne dinions tou-tes ensemble.

Toutes les vidéos concernant l'Agudah, ici.

           

Toutes les photos concernant l'Agudah, ici.

Le lendemain matin, nous partons pour le nord du pays et le lac de Tibériade ; sur la route nous visitons le théâtre antique de Caseare, construit par Hérode - roi des juifs sous l’autorité de Rome, bâtisseur du second temple d'Israël à Jérusalem -, qui se trouve en bord de mer ; nous traversons plusieurs villages et petite villes musulmanes, nombreux dans cette région du nord d'Israël ou les populations palestiniennes n'ont pas été chassées par les guerres successives. Nous dépassons notamment le village Mu'awiye - éponyme du nom de ce célèbre compagnon du Prophète Mahomet . Puis nous dépassons Armageddon - « la montagne de Megido » -, et Nazareth, qui en arabe se dit al-Naserat - d'ou vient le terme nasraniyoun, « chrétien ». Nous dépassons aussi le mont où aurait eut lieu la transfiguration de Jésus . Nous arrivons au lac de Tibériade, situe à 200 m en dessous-du niveau de la mer, d'ou nous voyons au loin le plateau du Golan. Nous déjeunons au bord du lac, puis nous visitons Capharnaüm, le mont des béatitudes et l'église de la multiplication des pains. Nous retournons à notre hôtel pour diner, avant de profiter d'un formidable temps de partage ou chacun-e pourra livrer ses premières impressions sur ce voyage. Nous nous disons au revoir ; certains d'entre nous sortirons une dernière fois dans Tel Aviv. Nous -Sarah, Nouredine et Ludovic - reprendrons l'avion le lendemain matin à 5h45, juste après l'heure de la prière de l'aube, pour retourner sur Paris retrouver nos proches. Le reste du groupe reprendra cette après-midi là un vol plus cher, mais sans escales jusqu’à Paris (retour haut de page).

EPILOGUE

Homosexuel-les & Musulman-es : libération du dogmatisme, des homonationalismes

               Ce voyage en Terre trois fois Sainte nous aura permis de resserrer entre nous des liens que nous avons la chance d’être en mesure de tisser avec deux de nos associations sœurs privilégiées. Nous avons eut la chance d’être en mesure de finaliser, après près de deux ans de travail assidu et indépendant, un voyage qui fut une première mondiale, au-delà des préjugés et de toutes formes de manipulations politiciennes.

               

Tout d’abord, il nous a été donné d’observer sur le terrain, et non pas depuis Paris avec toutes les distorsions que cela comporterait, que la situation ici disparate, pour le moment, entre Israël et Palestine. L'image d'Epinal étant qu'Islam et homosexualité seraient incompatibles - les choses étaient totalement inversées il y a peu encore (comme nous en discutions encore récemment à HM2F, lors de la réunion de la commission Reflexion Islam du vendredi 14 octobre 2011).

Pourtant, la culture arabo-islamique évolue très rapidement ces dernières années ; et nous avons pu constater sur le terrain que, malgré les grandes difficultés posées par les dogmatiques religieux, et les homonationalistes  de tous bords dans la région - sionistes ou panarabistes -, les LGBT palestinien-nes, comme les LGBT israéliens, profitent de ces mutations sociétales positives ; même si, aux dires de nombre d’intervenants que nous avons rencontrés sur le terrain, la création d’un état palestinien indépendant, séculier et stable économiquement, permettra l’émancipation pleine et entière de populations qui demandent, comme tout les peuples de la terre, à vivre en paix.

Nous avons pu constater également que les extrémistes homonationalismes, tout comme en Europe, instrumentalisent-ils LGBT d’une façon similaire, en leur promettant leurs droits - ou du moins de les laisser vivre -, s'ils cautionnent leurs positions idéologiques (raciste en France, sioniste en Israël et panarabiste en Palestine). Il est apparu clairement entre nous que nous ne voulons pas de l’importation d’un conflit étranger, et de ses enjeux géopolitiques, chez nous en France. Pour HM2f aussi, il a été difficile d’affirmer notre particularité, en toute indépendance, sans tomber dans l’escarcelle d’une idéologie politique ou d’une autre. Nous voulons croire que nous serons en mesure à l’avenir de continuer à tracer notre sillon, pas à pas, afin de nous libérer du dogmatisme et de toutes formes d’extrémismes.

 

Fondamentalement, nous pensons que le fait de faire face à une double discrimination discriminations (en tant qu'homosexuel-les, et/ou en tant que femme lesbienne, ou arabe, ou noire, ou séropositif, etc.) nous permet, lorsque l’on s’en donne les moyens intellectuels, d’être au-delà des préconçus ; puisque nous n’avons pas d’autre choix, si nous voulons vivre en paix, que de reconstruire nos identités de manière radicalement subversive par rapport à l’ordre établi.

En cela, nous pensons avoir pleinement profité de l’occasion de ce voyage, dont les thèmes principaux étaient spiritualité et LGBT, afin d’apprendre à mieux connaitre nos frères et nos sœurs de Terre Sainte ; tout renforçant nos convictions quand aux écueils idéologiques dans lequel il ne nous faudra jamais choir. C’est aussi la raison pour laquelle nous prions l’Eternel afin que la paix voit le jour, enfin, sur ce petit bout de terre tant convoité ; et que plus jamais la guerre ne serve d’excuse au retard de l’avancée des droits humains, en particulier de ceux des individus appartenant de fait à une minorité LGBT.

Ce voyage LGBT et spirituel s'est voulu à l'avant-garde d'un dialogue pour la paix et contre toutes formes de discriminations ; le destin de tout activisme d'avant-garde ayant toujours été d'être sacrifié, dans une certaine mesure : 

(Coran) 94.1. N'avons-Nous pas épanoui ton cœur?

94.2. Ne t'avons-Nous pas soulagé du fardeau

94.3. qui te pesait sur le dos,

94.4. et n'avons-Nous pas rehaussé ton prestige?

94.5. Certes, à côté de la difficulté, il y a la facilité.
94.6. Certes, à côté de l'adversité, il y a la félicité.
94.7. Alors, chaque fois que tu as un moment de loisir, tourne-toi vers ton Seigneur
94.8. et aspire à Sa grâce avec ferveur !

(retour haut de page).

           

Amen  !





    

COLLECTIF CITOYEN POUR UN ISLAM DE FRANCE VÉRITABLEMENT INCLUSIF, 

& UNE LAÏCITE VÉRITABLEMENT RESPECTUEUSE DE TOUTES LES CROYANCES.

Textes du blog de L.Zahed - voyage du 25 octobre 2011 au 13 novembre 2011.

Au plaisir de bientôt vous comptez parmis nous.

http://www.homosexuels-musulmans.org
homomusulmans@gmail.com



   

HM2F, notre collectif citoyen, est coordinateur international de la conférence internationale
CALEM - financée en 2012 par le conseil de l'Europe et qui reçu le prix
Pierre Guénin de SOS homophobie -,
membre de la
Fédération LGBT,
 du RAVAD, de l'ILGA ;
membre des collectifs interassociatifs Pinar Selek et IPERGAY, et
membre fondateur du MTE.

Le collectif HM2F est l'aboutissement d'une collaboration fraternelle entre des homosexuel(le)s (ou des citoyens appartenant à d'autres minorités sexuelles visibles) : qu'elles ou qu'ils soient athés, de confession juive, de confession musulmane, chrétienne, bouddhiste ou autre... C'est une grande fierté !
Et nous fomentons le secret espoir à la face du Destin, que cette pluralité et ce "vivre ensemble" citoyen et collégial,
restera la pierre angulaire sur laquelle nous continuerons de bâtir nos projets communs, inch'Allah.