Voici notre article-communiqué de soutien à l’appel de « Respect Mag » contre le débat-procès sur l’islam car même si nous défendons la critique acerbe de cette religion, nous critiquons tout autant son instrumentalisation criminelle, a fortiori quand on a retenu les leçons de l’Histoire…
La laïcité menacée ?
Si la laïcité française était un être vivant, quel serait-il ? Une abeille certainement, menacée d’extinction aujourd’hui par les apprentis sorciers qui président à nos destinées.
Un ensemble hétéroclite d’intellectuels, d’observateurs de notre société, de défenseurs de la laïcité tels que les réseaux maçonniques, la Libre Pensée, la Ligue des Droits de l’Homme et d’autres, avaient pointé du doigt en France depuis plusieurs années des atteintes à ce socle commun qui nous permet d’être ce que nous voulons, de croire à ce qui nous fonde intimement et de l’exprimer sans que l’Etat et ses représentants ne s’en mêlent (dans les contours permis par la loi, il va de soi).
Aujourd’hui, face à la création d’un parti ouvertement musulman au sein de l’UMP (le Parti des Français Musulmans) et au lancement de ce « débat-procès » sur l’islam dans un contexte sociétal à haute tension, attisé par la montée de tous les replis sur soi et de l’instabilité pécuniaire du lendemain, nul besoin d’être expert en laïcité pour s’apercevoir qu’elle est bafouée symboliquement par ceux-là même qui sont censés l’appliquer déjà à eux-mêmes.
C’est pourquoi nous – fondateurs du Réseau « Les Cercles réformistes » – saluons et soutenons l’appel de « Respect Mag » appelant au rassemblement du plus grand nombre ce samedi 2 avril, place de la République à 14h30.
Un communautarisme d’en haut ?
Au-delà de l’actualité de cet appel salutaire, nombre d’acteurs travaillant sur les questions d’islam (religion et/ou culture) dont nous-mêmes avions déjà soulevé le fait qu’il n’existait pas aujourd’hui de « umma » ou « communauté musulmane unifiée » en France mais des « sociabilités musulmanes » ou des « communautés musulmanes ». En effet, dans cette galaxie de l’islam, chacun navigue à vue avec les siens, nulle unité dans la diversité des positionnements mais des intérêts divergents, des plus louables aux plus méprisables ; sans oublier l’écrasante majorité des sans-voix qui ne s’expriment que trop peu voire pas du tout (non pratiquants, homosexuels et autres « minorités » au sein de l’islam, réformistes, électrons libres, musulmans « sociologiques », etc.).
Toutefois, face à la promotion d’un communautarisme d’en haut, les choses pourraient bel et bien changer. Et elles ont déjà changées, il suffit pour s’en convaincre d’observer la diversité des signataires du précédent appel de Respect Mag « L’islam bafoué par les terroristes » (12 janvier 2011) et du dernier en date « Non au débat procès de l’islam » (23 mars 2011) : rassembler pour une cause commune le slameur Abd al-Malik, l’écrivain Farid Abdelkrim, le présentateur de l’émission « Islam » sur France 2 Ghaleb Bencheikh, l’intellectuel Tariq Ramadan, le recteur Dalil Boubakeur, l’imam de Bordeaux Tariq Oubrou, le philosophe Abdennour Bidar et le porte-parole des Homosexuels Musulmans de France Ludovic Lotfi Mohamed Zahed eût été quasi impossible auparavant.
A qui profite le crime ?
Pour l’instant, force est de constater que c’est le Front National qui bénéficie des retombées de l’opportunisme politique de nos élites et au sein des communautés musulmanes ce sont les individus et groupes désireux de créer une « communauté forte » pour faire « comme tout le monde fait » ! Dans tous les cas c’est l’universel qui est le grand perdant de l’affaire et nous ne sommes qu’au prélude d’une histoire qui s’écrit à la nanoseconde.
Mais nous pouvons également prendre notre destin en main à l’image des peuples du Monde arabe et faire l’hypothèse inverse : à toute chose malheur est bon, cette mise à l’index peut également permettre de faire émerger une nouvelle conscience avec toutes celles et tous ceux qui auront désormais chacun leur mot à dire concernant cet islam (religion et/ou culture) qui est désormais partie prenante du destin de l’Europe. Une conscience profonde d’un changement de paradigme se remarque déjà ci et là, se fait jour, et elle dépasse de loin les clivages pratiquants/non pratiquants, homosexuels/hétérosexuels, hommes/femmes, libéraux/conservateurs. Il s’agit d’une véritable envie de « métamorphose », pour reprendre Edgar Morin.
C’est pourquoi nous partageons pleinement et citons ci-après l’appel contenu dans les propos de Ludovic Lotfi Mohamed Zahed dans son article récent sur SaphirNews (http://www.saphirnews.com/Tariq-Ramadan-et-les-homosexuels-musulmans-de-France_a12380.html) : nous « prônons ainsi le dialogue avec l’ensemble des forces intellectuelles, associatives, religieuses, qui veulent faire barrage à la montée de tous les extrémismes, de tous dogmatismes religieux ou laïc qui enferment l’islam dans une caricature ; caricature qui ferait des musulmans par essence des citoyens misogynes et homophobes. Nous voulons élaborer de concert un vivre-ensemble véritablement fraternel, égalitaire, laïc, en un mot : républicain ».
Auteur : Les fondateurs du réseau.
Source : Les Cercles réformistes.
Date de publication : jeudi 31 mars 2011.




















